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Saurez-vous reconnaître la Bretagne de Patrick Godeau ?

La baie de Morlaix, l’île du Taureau, les monts d’Arrhée, l’hôtel de Carrantes, la plage de Ploumanac’h, la plage de Perharidy, l’île de Saint Gildas, le port de Roscoff, l’île Callot, le jardin de Pellinec…

L’histoire se veut singulière et les premières images donnent le ton : une femme accompagnée d’une otarie, marche sur une plage après avoir nagé. Elle s’appelle Chouquette (« comme une chouquette mais avec du sucre dessus ») et n’attend plus personne bien qu’elle ait envoyé des invitations pour fêter l’anniversaire de son mari, Gepetto…

Bienvenu dans l’univers de Patrick Godeau ! Celui qui a produit plus de 35 longs métrages  dont des films aussi éclectiques qu’ « Un héros très discret », « Camping » ou bientôt « Barbara » , passe pour la première fois derrière la caméra. Pourtant rien ne le prédestinait à faire ses classes sur le livre d’Emilie Frêche, paru en 2010.  « Jamais je ne me serais intéressé à ce livre si j’avais voulu mettre en scène » nous explique-t-il. Mais au bout de 2 ans de réécriture, il y glisse ses codes, sa vision personnelle et finit par phagocyter le récit… Aujourd’hui, c’est donc un conte plus personnel qu’il nous livre, plus singulier. D’ailleurs, dès les premières minutes, le film déconcerte et l’on se demande d’où vient ce sentiment : du visage buté de Chouquette, jouée par Sabine Azéma ? Du ton monocorde du majordome Jay qu’incarne Pierre Aucaigne ou de la voix faussement enjouée de Diane, interprétée par une Michèle Laroque toute en fragilité cachée ? Et puis, le charme opère car à travers les yeux de Lukas, le petit-fils de Chouquette, on comprend vite que les grandes personnes sont bien compliquées :  « le petit garçon pense que finalement, à l’échelle des planètes, ces 3 femmes n’en ont plus pour longtemps… Alors pourquoi donc se tapent-elles des nuages noirs sur la tête ? » nous explique Patrick Godeau.

Chouquette article

Mais l’autre atout du film, c’est la Bretagne… Patrick Godeau se fait plaisir (et nous aussi) en nous entraînant dans des lieux qu’il connaît bien, filmant une Bretagne, entre Roscoff et Tréguier, loin des clichés du crachin ou des déferlantes : une nature luxuriante, une lumière magnifique mais aussi le food truck au bord de la route, les rochers de granit derrière lesquels la mère de Diane se cache pour fumer sa cigarette… Elle devient un personnage à part entière dans un film dont il faut prendre le tempo.

“Chouquette” de Patrick Godeau, avec Sabine Azéma, Michèle laroque, Antonin Brunelle-Rémy, Michèle Moretti et Pierre Aucaigne.

date de sortie : 2 Août 2017

Pierre Aucaigne est né en juillet 1960 à Barcelonette. Homme de théâtre, il vit à Neuchâtel depuis 2007 et fait partie de la troupe de théâtre, « les Amis du Boulevard Romand. » A la rentrée, il jouera dans le film “Knock” avec Omar Sy.

3 Questions à… Pierre Aucaigne :

Virginie Hours : On vous connaît plus comme un homme de théâtre, notamment avec vos one-man show et le personnage de Momo. Ce sont vos premiers pas dans un film de cinéma ?

Pierre Aucaigne : Oui, c‘est mon premier long métrage. Ça s’est présenté d’une façon brusque et soudaine. L’année dernière, j’ai rencontré Patrick Godeau pour le personnage de Jay et on est parti en tournage 3 semaines après s’être rencontrés. Jay est un personnage qui a aussi son excentricité, un type assez froid dans sa manière de voir les choses. Un peu blazé. Donc, on n’est pas sur le même territoire que Momo et ça m’intéressait de faire ce personnage à contre-emploi et de l’interpréter de cette façon. C’est toujours un pari un peu délicat, un peu compliqué. L’enjeu était assez sympathique.

VH : Votre regard sur le film ?

PA : C’est un film qui peut paraître un peu dérangeant, avec des personnages, une ambiance assez singulière tout en étant facétieux avec le personnage de Chouquette qui est très original. C’est le rendu du réalisateur, son choix.

VH : Et la Bretagne, vous connaissiez ?

PA : Pas tellement, J’allais plus du côté de Dinard, Saint Malo. J’ai passé 15 jours de tournage, pluvieux, ensoleillé, pluvieux… Breton, quoi ! Mais c’est très beau, magnifique et on a joué dans un endroit superbe..

Patrick Godeau est né le 16 mars 1954 à Casablanca (son père est de Morlaix). Il est producteur, scénariste, attaché de presse et maintenant metteur en scène. Il est gérant de la société de production “Waiting for” qui a été créée en 2010. Il possède une maison à Carantec.

3 Questions à… Patrick Godeau :

Virginie Hours : Qu’est-ce qui vous a donné envie dans le livre de passer derrière la caméra ?

Patrick Godeau : Rien. Sur les 35 films que j’ai produit, dans 80% des cas, je pars d’une idée ou d’un livre, je cherche le scénariste, le metteur en scène…. Là, j’ai poussé le bouchon un peu loin à partir d’un projet qui ne m’aurait jamais intéressé si je m’étais dit au départ que je le mettrai en scène car rien ne me correspondait. C’est Nathalie Carter, scénariste de Claude Miller qui me parle de ce livre pour une comédie. Je l’ai lu et je l’ai écrit pendant 2 ans pour quelqu’un d’autre En revanche, au bout de deux ans, je me suis dit que j’allais tout recommencer et je l’ai phagocyté beaucoup plus… C’est là que j’ai décidé de situer le film en Bretagne. La première adaptation était proche du livre, la deuxième est proche de moi avec le prisme de l’enfant, des tas de trucs. La différence entre le livre et le film, c’est ma pomme…

VH : Vous avez des modèles cinématographiques ?

PG : J’aime beaucoup les comédies anglo-saxones et le fait qu’elles aillent assez loin en profitant de l’humour et du happy ending, pour raconter des choses de manière assez acide et  vinaigrée.

VH : Et la Bretagne ?

PG : La Bretagne est un fond de sauce… J’adore et je n’ai fait aucun repérage. J’ai imaginé tel ou tel lieu et je n’ai pas bougé d’un poil. Je suis venu à plusieurs reprises sur les décors avec des techniciens différents et personne n’a fait de remarques. J’ai donc fait un mélange entre deux zones distinctes de 150 kilomètres l’une de l’autre. Ce qui m’intéressait, c’était de filmer une mini-pièce de théâtre, le décalage entre trois pauvres individus qui se dépatouillent entre eux et dans une nature luxuriante et imposante. La nature est immense et participe aux disproportions du film.

“C’est un jardin extraordinaire…”

Le jardin de Chouquette existe bien ! Il s’agit du Jardin de Pellinec, créé par Gérard Jean depuis 1997, un réel passionné qui dessine lui-même les différents jardins les uns après les autres : jardin exotique, jardin anglais, étang aux nymphéas, jardin d’iris du Japon, jardin austral et allée himalayenne avec la prairie aux magnolias… Le jardin a été labellisé “jardin remarquable” en 2013.

Le Jardin de Pellinec

1 Rue de la Baie de Pellinec

22710 Penvénan

www.le-jardin-de-pellinec.fr

Ouvert tous les samedis, tous les dimanches
et tous les jours fériés
de 14 h à 19 h d’avril à septembre