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«Rien n’est sérieux en ce bas monde que le rire » aurait dit Flaubert… une certitude à la lecture de ce magnifique premier roman, « les Déraisons », signé Odile d’Oultremont !

Elle inscrit son histoire dans un monde morne et terne mais que viennent réveiller des déraisons, à l’image de la si jolie couverture du livre signée Paul Wackers : une plante aux feuilles étonnamment noires, devant un mur gris mais égayées par des touches de couleurs et une typographie scintillante, marque de fabrique des Éditions de l’Observatoire qui fêtent leur première année et dont on a envie de dévorer toutes les publications !

Adrien ne dépareille pas au tableau. Lui aussi mène une vie à pleurer, dans son costume gris étriqué, son travail dénué d’intérêt, sa solitude et son pyjama bleu… jusqu’au jour où, au hasard de l’annonce d’une coupure d’eau, il fait connaissance avec une artiste peintre, Louise. Bien plus qu’une rencontre, il s’agit ici d’une renaissance, un vrai retour à la vie. Si tout semble a priori les opposer, il n’en est absolument rien au point que, réunis dans une fantaisie faite mode de vie, ils ne forment alors plus qu’un.

Entre un père absent et une mère perdant pieds dans la réalité, Louise a emprunté la voie de la déraison pour survivre, ramener sa mère dans son monde et à la vie : « À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe ». Alors, dès ses 7 ans, et de la manière la plus touchante qui soit, Louise a déployé des trésors d’imagination pour voir les choses différemment. Lorsqu’Adrien la rencontre, c’est une femme qui appelle son chien Le-Chat, qui passe du tu au vous comme bon lui semble, qui nomme une compote marbre coco parce que c’est le jour des rimes en « O »… Adrien aurait pu prendre ses jambes à son cou mais il n’en a rien fait et bien au contraire, il a eu enfin le sentiment d’être arrivé à bon port usant de l’amour de Louise comme d’une seconde peau pour le réchauffer et le protéger.

Dix années de bonheur partagé, de folie douce et d’amour inconditionnel, jusqu’au jour où deux événements viennent bousculer ce précieux équilibre : la mise au placard d’Adrien par son entreprise et le cancer de Louise. Adrien, qui se laissait jusqu’alors porter par le regard décalé et coloré de Louise sur la vie, décide de prendre le relai et invente pour elle un univers tenant autant que faire se peut la maladie à distance. Pour cela, il renonce à aller travailler dans la zone écartée qu’on lui a attribuée, sans collègue, sans ordinateur ni téléphone… un placard si isolé que personne ne réalise que ce salarié fantôme ne vient plus. Onze mois durant lesquels Adrien aura donc perçu un salaire sans travailler, ce qui le conduit finalement au tribunal… C’est en ce lieu si solennel que débute le roman où Adrien va devoir expliquer les raisons de sa conduite à un président de tribunal aussi peu conventionnel que les autres personnages du livre.

Odile d’Oultremont se révèle incontestablement une auteur au style aussi poétique et coloré que l’univers de son livre. Ce premier roman regorge en effet d’expressions inventives et percutantes, d’un vocabulaire riche et farfelu à souhait à l’image de Louise … un vrai bonheur de lecture ! Loin d’avoir d’être un feel-good, ce roman fait partie de ceux qui nous font pourtant voir la vie autrement, où malgré les difficultés du quotidien, observer les choses sous un autre angle peut les rendre beaucoup plus supportables, définitivement.

(Les Déraisons, d’Odile d’Oultremont, Éditions de l’Observatoire, janvier 2018)