Pascale Rousseau – Aout 2020

Paris, en 2033. Clarissa, romancière franco-anglaise, cherche en vain un appartement. Elle est à un moment charnière de sa vie, une page doit se tourner; Elle doit réapprendre à vivre seule. Elle entend parler d’une résidence, la résidence CASA, qui encouragerait la créativité des artistes.

Elle postule sans trop y croire et, ô miracle, elle est retenue. Tellement heureuse, elle signe et ne regarde pas trop les clauses du contrat. Elle s’installe dans son appartement hyper lumineux au dernier étage pour un loyer modéré. La résidence est à la pointe de la robotique. Tout se présente pour le mieux… Mais malgré les circonstances, Clarissa commence à se sentir mal, ses forces et sa créativité s’amenuisent et ses nuits sont ponctuées d’insomnies.

Un douloureux passé refait surface, elle est incapable de se concentrer sur son prochain livre et son chat, habituellement calme, sursaute au moindre bruit. Pourquoi n’est-elle pas à l’aise? Pourquoi sent-elle qu’on l’espionne et qu’on surveille ses faits et gestes? Est-elle parano ou simplement fragile? Est-elle dépressive comme le soupçonne sa fille?

C’est un Paris dévasté que nous décrit Tatiana de Rosnay dans son dernier livre. La Tour Eiffel n’est plus, elle a été la cible d’attentats et est représenté par un hologramme, des quartiers entiers de Paris ont disparu donnant vie à des quartiers neufs sans âme. Les parisiens vivent des épisodes caniculaires à répétitions et voient le ciel parsemé de drônes.

EXTRAIT

“Clarissa se rendit dans la cuisine, les plafonniers s’allumèrent à son passage. Les interrupteurs n’existaient plus depuis belle lurette, et elle ne s’en plaignait pas. On lui avait bien dit, lors de son emménagement le mois précédent, qu’elle pouvait désigner l’assistant virtuel de l’appartement par l’appellation de son choix.

Mrs Dalloway, allumez la bouilloire.

Mrs Dalloway s’exécuta. Clarissa lui avait confié la plupart des tâches ménagères. C’était Mrs Dalloway qui gérait avec minutie le chauffage, la climatisation, l’alarme, la fermeture des volets, le système d’éclairage, le nettoyage automatique et une infinité d’autres fonctions domestiques. Clarissa avait fini par s’y faire.“

Vous l’aurez compris, c’est bien un roman d’anticipation doublé d’un thriller psychologique que nous livre cette fois-ci Tatiana de Rosnay.

Inspirée par la série “Black mirror”, l’auteure place au coeur de son roman l’importance de l’intelligence artificielle dans notre quotidien.

Est-ce que demain notre imaginaire, notre intelligence, notre créativité seront remplacés par des robots?

On y retrouvera aussi sa passion pour la mémoire des murs, le bilinguisme, la création artistique et pour notre plus grand bonheur deux auteurs qui ont marqué la vie de Tatiana de Rosnay : Virginia Woolf et Romain Gary.

Ce livre m’a d’ailleurs donné envie de me replonger dans des biographies de ces deux merveilleux écrivains notamment celle de Dominique Bona intitulé Romain Gary, chez Folio.

Si vous aimez les “Pageturner” légèrement inquiétant, ce livre est pour vous. Je vous le recommande car c’est aussi une façon de nous poser des questions sur le monde que nous construisons.

Notons que malgré la sortie de ce livre quelques jours avant le confinement, le succès ne s’est pas fait attendre. Souhaitons-lui beaucoup de succès.

©Charlotte Jolly de Rosnay

CE QUE VOUS NE SAVEZ PEUT-ETRE PAS SUR TATIANA DE ROSNAY

Son roman “Elle s’appelait Sarah” a été refusé par 40 éditeurs avant de trouver sa place chez Héloise d’Ormesson qui lui a donné sa chance. Elle en vendra 11 millions d’exemplaires. C’est avec ce roman qu’elle deviendra célèbre.

Enfant, lorsqu’elle écrivait des nouvelles, elle signait Tatiana Du Maurier.

Une de ses obsessions : la mémoire des murs. Elle pense que les murs racontent le passé et peuvent bouleverser le présent.

Elle a écrit son dernier livre “Les fleurs de l’ombre” pour la première fois simultanément en français et en anglais, page par page. C’est une auto-adaptation, ce qui est très rare chez les auteurs bilingues.