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Flaubert au 21e siècle avec l’accent anglais

Un couple de londoniens, Gemma et Charles Bovery, voulant changer de vie, s’installe dans un petit village en Normandie. Gemma prend un amant pour tromper un ennui féroce. Martin, leur voisin, ancien éditeur d’essais universitaires “que personne ne lit” et bobo parisien, est devenu boulanger pour goûter aux joies d’une existence simple et tranquille. Il est passionné de littérature avec une prédilection pour “Madame Bovary”. Très vite pris par sa passion littéraire et trouvant peu d’intérêt à sa propre vie, il transforme Gemma en personnage de roman et confond son destin avec celui d’Emma. Mais la vie imite rarement la littérature…

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Belle distribution. Gemma Arterton est parfaite en jeune femme extrêmement sensuelle mais peu consciente de son pouvoir de séduction venant bouleverser l’équilibre d’un village normand. Luchini est touchant et drôle en intellectuel flegmatique, littéralement sidéré par la beauté de sa voisine et récitant à l’envi des passages de son oeuvre préférée. Le contraste entre ces deux personnages donne lieu à plusieurs scènes amusantes dans ce film oscillant entre tragédie et comédie. Elsa Zylberstein est confondante de naturel dans son rôle de bourgeoise  snob et superficielle. Et enfin, les paysages normands filmés par le chef opérateur Christophe Beaucarne sont superbes. Une véritable Normandie de carte postale, calva compris.

J’aime pas….

Ce film ne démarre jamais vraiment. L’ennui est certes le moteur de l’histoire, mais nous, il nous a presque poussé à quitter la salle… Les personnages ne sont que de pâles reflets de ceux du roman et les dialogues restent très superficiels. Fabrice Luchini est peu crédible en boulanger littéraire tentant de pétrir le destin de Gemma comme il pétrit son pain. Il manque la dimension grinçante qu’a glissée Posy Simmonds dans son roman graphique dont est tiré le film d’Anne Fontaine ainsi que la noirceur du roman original. Le dénouement frise le ridicule et seule l’ultime scène, clin d’oeil à la littérature russe rattrape un peu ce film bâclé. Le talent de Flaubert a réussi à transformer le banal destin d’une femme en un archétype universel et sublime, Anne Fontaine le rend dérisoire.

Septembre 2014.

L.S/V.B.B

  •  En 2005 Posy Simmonds a également écrit “Tamara Drewe” librement adapté du roman de Thomas Hardy: “Loin de la foule déchaînée”. Stephen Frears en a fait un film en 2010.
  • Le roman graphique de Posy Simmonds a été ré-édité chez Denoël à l’occasion de la sortie du film d’Anne Fontaine avec douze pages de croquis inédits.