Pascale Rousseau – Janvier 2021

Cette année le prix Renaudot a été attribué à Marie-Hélène Lafon pour son treizième roman : L’histoire du fils édité chez Buchet-Chastel.

Une saga familiale qui se passe entre le Cantal et le Lot. Un siècle d’histoire dans le fief de l’auteure où se mêlent des thèmes chers à son coeur : enracinement, filiation, transmission et lourds silences.

Comédienne, Pascale a deux passions : la lecture et la scène.  Elle arpente pour son plus grand plaisir tous les théâtres de Genève et ses environs, toujours prête à partager avec vous ses coups de coeur littéraires.

Quelle histoire !

L’histoire court de 1908 à 2008. C’est donc au fil d’un siècle que le lecteur suit le parcours d’André. Personnage principal du roman, il est élevé par sa tante bien-aimée, soeur de sa mère Gabrielle et Léon son oncle. Sa mère, il la verra deux fois par an, pour les vacances et Nöel, seules raisons pour lesquelles elle désertera Paris. André est heureux au sein de sa famille d’adoption, entouré de ses cousines. Puis André grandit, se marie, devient père à son tour et là … le questionnement. D’où vient-il  ? Qui est son père ? Pourquoi ce silence sur sa naissance?
Le retour aux sources sera inévitable et dévoilera un lourd secret.

A mon humble avis…

Je suis partie à la rencontre d’André sur la pointe des pieds, personnage attachant que l’on apprend à connaitre peu à peu par le biais de différents protagonistes de l’histoire, la mère, la tante, l’oncle puis le père. André, élevé dans l’amour de sa famille, André, enfant facile et curieux, adoration de son oncle, André qui encore par amour décidera de faire le premier pas vers l’homme qui est son père.
Quelle langue riche et pure ! L’auteure choisit toujours avec soin ses mots, ne cherche pas d’effet de style, va au plus profond de l’émotion avec pudeur et sincérité. Comme André. Sa plume nous prend aux tripes et nous emmène avec douceur dans une  vie remplie d’absence.

Petit bémol sur la construction anachronique du roman qui m’a perturbée lors de la lecture. Le livre est construit comme un puzzle, attention à ne pas perdre le fil.

Mon conseil : entrez dans l’univers de cette auteure et laissez-vous faire…

“ André, posé au bord du lit, dans la chambre nue, s’était senti très las, comme accablé d’un poids de silence et de secret qui était son lot de fils; père inconnu et mère à double-fond. “

L’auteure en quelques mots…

* Native du Cantal, ce département situé dans le massif Central en France reste le berceau de tous les romans de Marie-Hélène Lafon.

* On peut dire qu’elle est grandement diplômée : CAPES de lettres modernes, DEA à la Sorbonne, doctorat de littérature puis agrégée de grammaire.

* Célibataire et sans enfant, elle déclare “n’en avoir jamais voulu”.

* Elle commence à écrire sur le tard, à 34 ans. Son premier roman sorti en 2001, Le soir du chien sera récompensé par le Renaudot des lycéens. En 2003, le recueil de poésie Liturgies sera récompensé par le prix Renaissance de la nouvelle en 2003.

* En 2015, un téléfilm adapté de son roman L’annonce est diffusé sur Arte avec l’actrice Alice Taglioni et Eric Caravaca.

Si vous avez râté les prix littéraires 2020…

Prix Goncourt  – L’Anomalie, Hervé Le Tellier (Gallimard)
Prix Renaudot – Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel)
Prix Femina – Nature Humaine, Serge Joncour (Flammarion)
Prix Médicis – Le Coeur synthétique, Chloé Delaume (Seuil) et Médicis étranger : Un Promeneur solitaire dans la foule, Antonio Munoz Molina (Seuil)
Prix Goncourt des Lycéens – Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal (Emmanuelle Collas)
Prix Interallié – Un Crime sans importance, Irène Frain (Seuil)