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Sandrine Bourgeois – septembre 2019

Venez rencontrer Eric-Emmanuel Schmitt chez Payot Rive Gauche le mardi 8 octobre 2019 de 17h à 19h  >>> + d’infos
Le petit coin lecture a frétillé d’impatience face à la rentrée littéraire, toujours aussi riche avec la sortie de 524 romans – une légère diminution par rapport à la cuvée 2018. Face à cette abondance de nouveautés où porter son choix ?

 Parmi les incontournables, le petit coin lecture a été enthousiasmé par le dernier opus d’Eric-Emmanuel Schmitt « Journal d’un amour perdu » qui nous livre ici son œuvre la plus intime. L’auteur nous décrit sa relation fusionnelle avec sa mère disparue en 2017, et le difficile deuil qu’il a affronté ces deux dernières années. Attention coup de cœur !

 Laissons-nous porter par le journal d’Eric-Emmanuel Schmitt qui sait mettre des mots là où cela fait du bien sur nos douleurs profondes.

L’histoire…

«  Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine »

C’est par cette phrase bouleversante, allusion à Albert Camus, que commence le journal poignant d’Eric-Emmanuel Schmitt qui relate la mort brutale à 87 ans de sa mère adorée, Jeannine Trolliet. Cette femme admirable fut même championne de France d’athlétisme sur 100 mètres. « Sur elle, la mort n’avait pas trouvé de prise avant ce mardi matin-là, où en une fraction de seconde, elle harponna son cœur ».

Il reste inconsolable et perturbé de ne pas avoir pressenti sa mort, lui si fusionnel avec elle « Comment ai-je pu ne rien sentir ? ».  Durant deux ans, le fils orphelin, en deuil, passe par toutes les phases de chagrin, jusqu’à la pensée de l’irréparable.

Tout en rendant un hommage plein d’amour à celle qui lui a donné la vie, Eric-Emmanuel Schmitt ne manque pas d’humour pour raconter les préparatifs des obsèques auprès d’une société de pompes funèbres.

Tout au long de cette déclaration d’amour, les souvenirs heureux rejaillissent, « Alors je me livre à des orgies de mémoire pour la retrouver ». Il raconte avec jubilation leurs passions communes pour le théâtre, l’écriture, la musique, les chiens, les voyages.

Cet amour pour sa mère, en revanche s’est accompagné d’un rejet viscéral pour son père, au point de douter de sa filiation paternelle.

« Le Journal d’un amour perdu » est l’occasion pour Éric-Emmanuel Schmitt de panser ses douleurs en offrant à ses lecteurs des réflexions sincères et salvatrices sur la vie.

Pourquoi vous allez aimer …

« Elle me regardait comme un être unique, incomparable, doué. Voici la clé de mon destin : j’ai cru au regard de ma mère. »

Le thème universel de la relation à la mère est magistralement décrit par l’auteur qui n’hésite pas à partager ses réflexions les plus intimes. Le témoignage précieux qu’Eric-Emmanuel Schmitt délivre, prouve une nouvelle fois l’importance du rôle des parents, notamment celui de la mère, dans la construction, les choix, et les goûts d’un individu.

Le romancier réussit de manière délicate à transformer le lecteur en un confident privilégié, presqu’un ami, avec lequel il partage sa peine, son désarroi, ses doutes, sa joie.

L’expérience que partage Eric-Emmanuel Schmitt pour sortir de la dépression, rend le récit authentique et nécessaire.

Il est passionnant également de découvrir les nombreuses facettes de l’auteur, à la fois comédien, dramaturge, musicien.

Bien que l’émotion soit palpable tout au long du récit, la lecture reste joyeuse, lumineuse et optimiste. « « Ce qu’on peut faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux », soutenait le philosophe Alain. »

Longtemps après avoir refermé le livre, les phrases d’une forte intensité résonnent encore avec force. « Son absence a tant de présence », La mère d’Eric-Emmanuel Schmitt reste pour toujours vivante dans le regard de son fils talentueux et des lecteurs convaincus. Il n’y a finalement peut-être pas d’amour perdu.

Le petit coin lecture est sorti bouleversé et rempli de joie grâce à ce témoignage poignant, chargé d’amour.

Le petit coin lecture vous propose d’autres livres magnifiques sur le thème de la mère…

Eric-Emmanuel Schmitt dans l’esprit de Oscar et la dame rose a publié en début d’année Félix et la source invisible, un récit qui raconte la manière dont un petit garçon ressuscite sa mère dépressive.

Deuxième tome dans le prolongement de « la gloire de mon père »où Marcel Pagnol évoque ses souvenirs d’enfance, dont le décès de sa mère. « Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

A lire ou à relire ce magnifique roman d’amour d’une mère pour son fils. Le regard maternel confiant qui a construit et déterminé la vie de Romain Gary.

Magnifique récit déchirant d’Albert Cohen qui relate l’amour infini, absolu de sa mère pour lui. Mais en la perdant, ce fils réalise que sans l’amour de sa mère, sa vie n’a peut-être plus de sens.

Othmar Ammann