Print Friendly, PDF & Email
[av_post_meta]

Une histoire de chiffons, une histoire de filles ? Le titre le laisserait penser, à tort ! Jupe et Pantalon, premier roman de Julie Moulin, parle bien d’une femme, mais d’un point de vue tout à fait original, déroutant au départ et, au final, surprenant et très plaisant !

D’une fille, il en est question : jeune femme d’aujourd’hui, A. travaille dans le marketing, élève aussi ses enfants, s’épuise à courir dans tous les sens, sans tenir compte de ce que lui dit son corps. Comme beaucoup de femmes, elle cumule les challenges, et jongle entre tous ses impératifs, tant professionnels que familiaux. Mais, à trop tirer sur la corde, il se pourrait qu’elle lâche et c’est exactement ce qui va se passer, comme le racontent … ses jambes, Marguerite et Mirabelle, avec beaucoup d’humour !

Sujet d’actualité, le burn out est ici abordé de manière audacieuse : Julie Moulin donne la parole à un corps, dans son ensemble, faisant échanger les bras, les jambes, le cerveau et même les fesses d’Agathe, pour mieux comprendre à quel point à courir en tous sens, on s’épuise, en passant probablement à côté de l’essentiel. Dans un style parfaitement maîtrisé, ce roman nous étonne en parlant d’un sujet connu mais finalement peu abordé, en tous cas jusqu’alors jamais sous cet angle. Julie Moulin, une auteur à suivre !

(Jupe et pantalon, de Julie Moulin, Février 2016, 300 pages, Alma éditeur)


À propos de l’auteur

Julie Moulin est née en 1979 à Paris. Elle passe son enfance et son adolescence en banlieue parisienne avant de rejoindre Paris lors de ses études à Sciences-Po. Passionnée par la Russie et la langue russe qu’elle étudie depuis l’adolescence, elle effectue de nombreux séjours linguistiques et professionnels en Russie et surtout à Moscou. Après un passage à New York, elle s’installe finalement dans l’Ain, près de la frontière suisse, où elle vit maintenant depuis 13 ans avec son mari et ses trois enfants. Jupe et Pantalon est son premier roman (source : www.alma-editeur.fr)

“Une femme peut tout accomplir à condition de ne pas s’obliger à être parfaite”

©Coline Sentenac

6 questions à Julie Moulin…

Julie Vasa :  De grands éclats de rire pour un sujet très sérieux. Comment avez-vous imaginé une approche aussi originale pour l’histoire que vous racontez dans Jupe et Pantalon ?

Julie Moulin : Je considère la fantaisie et l’humour à la fois comme des antidotes à la tristesse et comme des armes précieuses dans la critique : en retournant un argument, en le rendant parfois absurde, on le dénonce avec encore plus de vigueur. En cela, je pense être fortement influencée par la littérature russe, de Gogol à Boulgakov. Jupe et Pantalon est né d’une divagation nocturne. J’ai imaginé mes jambes conversant entre elles, l’une annonçant à l’autre qu’elle allait « se casser », au sens de partir mais aussi de se briser. L’idée qu’une jambe puisse se faire la malle en laissant la personne à qui elle appartient esseulée dans son lit m’a fait rire. À partir de ce début de dialogue, j’ai construit l’histoire d’une femme dont les jambes commenteraient l’existence et se rebelleraient.

J.V. Le positionnement des femmes dans notre société est loin d’être évident, en témoigne Agathe dans votre livre, entre équilibre personnel, réussite professionnelle… Être une femme d’aujourd’hui vous paraît-il compliqué ?

J.M. : Si l’histoire d’Agathe n’est pas la mienne, j’ai toutefois fait l’expérience comme elle du difficile équilibre à tenir entre vie privée (familiale, personnelle, amoureuse) et vie professionnelle. Et qui mieux que des jambes pouvaient témoigner d’un tel numéro d’équilibriste ? Je crois que l’on demande aux hommes comme aux femmes d’être extrêmement investi-e-s dans leur carrière professionnelle au détriment de leur vie personnelle, ce qui peut conduire à des épisodes de stress et d’épuisement. Concernant la place des femmes, elle a grandement évolué et dans un sens favorable. Néanmoins, je constate que l’injonction d’être une bonne mère perdure dans les consciences, or comment être parfaite à la fois en tant qu’amante, que professionnelle et que mère ? Il faudrait être à la disposition simultanée de ses enfants, de son partenaire et de son employeur. Être parfaite en tout nécessite soit d’avoir le don d’ubiquité, de disposer d’un hologramme ou d’être souple au point de faire le grand écart en permanence. On m’a reproché à une époque de ne pas être assez flexible à cause de ma situation familiale… On est très près de cette idée de grand écart. Il me semble qu’une femme peut tout accomplir à condition de ne pas s’obliger à être parfaite.

Jupe et pantalon 3

J.V. Jupe et Pantalon est votre premier roman. Avez-vous mis du temps à être publiée ? Comment y êtes-vous parvenue ?

J.M. :  Comme beaucoup de primo-romanciers, je suis passée par la case poste. J’ai identifié plusieurs maisons d’édition dont la ligne éditoriale était proche de mon sujet et de mon style. J’ai lu deux ou trois romans de chacune de ces maisons avant de leur adresser mon manuscrit relié, imprimé recto, par voie postale. Une seule de ces maisons acceptait de recevoir les textes en version électronique. Cela nécessite donc un budget. On n’envoie pas son manuscrit à une cinquantaine de maisons. J’ai eu beaucoup de chance, car je visais particulièrement Alma Éditeur dont le catalogue est riche d’œuvres originales. Ce sont eux, et une autre maison que j’estime également, qui m’ont répondu favorablement. Ce travail de recherche et d’attente de réponses a duré plus d’un an.

J.V. : Quel processus d’écriture a votre préférence ? Suivez-vous un plan précis ou bien vous laissez-vous guider par l’histoire et vos personnages ?

J.M. : J’avais l’intuition des deux parties de Jupe et pantalon et de la chute à la fin de la première partie. Je n’avais pas de plan et je me suis plutôt laissée guider par Marguerite et Mirabelle d’abord, par Agathe ensuite. C’est à la relecture que j’ai revu la structure, surtout celle de la première partie.

J.V. : Vous vivez près de Genève. Cette région vous inspire t-elle particulièrement ?

J.M. : Écrire représentant une forme de voyage, je n’écris pas sur la région dans laquelle je vis. Je pars ailleurs dans mes lignes. Jupe et Pantalon se déroule ainsi à Paris. Il faudrait que je déménage pour écrire sur la région lémanique, ce à quoi je ne peux me résoudre pour l’instant ; je m’y plais beaucoup trop !

J.V. : Avez-vous commencé la rédaction de votre prochain roman ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

J.M. : Je travaille sur ce deuxième texte depuis presque deux ans. Je pars encore plus loin cette fois…