Pascale Rousseau – Novembre 2020

©Alain Caste – Plainpicture

Dans la famille Martin, je demande la mère, la fille, le gendre, le fils, la fille…Que fait un auteur quand il est face à l’angoisse de la page blanche ? Où trouve-t-il l’inspiration? Avec brio, David Foenkinos nous livre l’idée qu’il a eue… Il fallait oser, il l’a fait.

Comédienne, Pascale a deux passions : la lecture et la scène.  Elle arpente pour son plus grand plaisir tous les théâtres de Genève et ses environs, toujours prête à partager avec vous ses coups de coeur littéraires.

Quelle histoire !

C’est décidé ! L’auteur à succès en mal d’inspiration va descendre dans la rue et écrira un livre sur la première personne qu’il rencontrera. C’est donc Madame Martin qui sera l’héroïne de son prochain roman. Ancienne couturière chez Chanel à l’époque où elle s’appelait encore Madame Tricot (ça ne s’invente pas !), elle est ravie d’autant que l’auteur a “une bonne tête d’écrivain”! Invité à boire le café chez elle, il réalisera que Madame Martin a une vie des plus ordinaires.

Son histoire pourra-t-elle intéresser les lecteurs? Question légitime. Elle lui présente sa fille Valérie, professeur d’histoire-géo, mariée, mère de deux enfants. A t-il bien fait de s’aventurer sur cette piste ? Il croit au hasard… car le romancier a plus d’un tour dans son sac. Il va se plonger dans le quotidien de cette famille, dîner avec eux, devenir le confident de certains, partager les angoisses des uns, les espoirs des autres… L’arrivée de cet écrivain va bouleverser l’équilibre déjà fragile de la famille et entrainer des bouleversements.

A mon humble avis…

Autant vous dire que j’ai sauté à pied joint dans ce livre de 217 pages que j’ai avalé encore plus vite qu’un Merveilleux du Rond-Point de Plainpalais. C’est tout à fait le livre que je recherchais en ce moment : un livre drôle, bien écrit, plein d’ironie.

David Foenkinos se met en scène avec beaucoup de plaisir et de dérision. On l’aura compris l’auteur en mal d’inspiration, c’est lui !
Quel est le rôle de l’écrivain? Jusqu’où est-il lié à ces personnages? Où s’arrête la réalité, où commence la fiction?

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver David Foenkinos dans son univers décalé, ses petites manies (notes en bas de page, obsession sur les noms de ses personnages, détails qui paraissent insignifiants). La Famille Martin nous prouve une fois de plus que la réalité dépasse la fiction. Nous pouvons tous devenir un personnage de roman, il s’agit simplement de contrôler les techniques d’écriture, le rythme, le suspens et Foenkinos à ce sujet est maître en la matière. Il utilise ses personnages pour parler des problèmes de société, du pouvoir de la hiérarchie, de la violence psychologique au travail, mais aussi de l’usure du couple, de la routine et enfin de l’Amour. L’Amour avec un grand A qui nous emmènera loin mais je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir le roman…

Ne ratez pas le merveilleux passage où il règle ses comptes avec l’émission “le masque et la plume” :

“-Vous faîtes référence à l’émission le masque et la plume? J’ai écouté l’émission. C’est vrai qu’ils sont durs. Mais ils sont comme ça avec tout le monde. A chaque fois que je les écoute, c’est un massacre. Je trouve qu’ils vont trop loin. On peut critiquer une oeuvre sans déverser autant de haine. Franchement, j’ai du mépris pour eux.
-Ah, ne dites surtout pas ça ! Je risque de mettre vos répliques dans mon roman, et je ne veux pas qu’ils le prennent mal. Ils me terrorisent, vous savez. Dîtes du bien d’eux, s’il vous plait.

Ce que vous ne savez peut-être pas sur David Foenkinos…

David Foenkinos ne vient pas d’une famille littéraire. C’est après une opération du cœur  à l’âge de 16 ans, qu’il a un déclic. Il se met à la lecture et à écouter de la musique et, à 18 ans, il commence à écrire. Sans penser  à être publié un jour.

Il étudie les lettres à la Sorbonne et la musique dans une école de jazz, ce qui l’amène au métier de professeur de guitare. Le soir, il est serveur dans un restaurant.

Après une poignée de manuscrits ratés, il trouve son style, poste son premier roman “Inversion de l’idiotie : de l’influence de deux Polonais”, refusé par tous les éditeurs sauf Gallimard. Grâce à ce roman publié en 2002,  il obtient le prix François-Mauriac.

C’est avec Le Potentiel érotique de ma femme, prix Roger-Nimier en 2004, que la carrière de l’auteur connaît un premier temps fort, suivi par un second en 2009, avec La Délicatesse.

En 2011, il co-réalise avec son frère Stéphane, le film La Délicatesse.   Il est nommé dans deux catégories aux Césars 2012, celle de la meilleure adaptation et celle du meilleur premier film.

En 2014, avec son roman Charlotte, David Foenkinos connaît la consécration. C’est un succès en librairie avec 450 000 exemplaires vendus. Finaliste du prix Goncourt, il obtient plusieurs autres grands prix littéraires dont le Renaudot et le Goncourt des lycéens.
Le succès du roman a sorti Charlotte Salomon de l’oubli.