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 Julie Vasa – Juin 2017

Rares sont les livres qui vous happent dès les premières lignes. Un petit temps est en effet bien souvent nécessaire pour se fondre dans l’univers d’un auteur ou de l’un de ses écrits. Avec La Tresse, rien de tel !

Servi par une écriture juste et une construction très efficace, ce premier roman de Laetitia Colombani nous invite à une immersion rapide et addictive dans la vie de trois femmes, a priori aux antipodes les unes des autres mais pourtant indéniablement liées, en particulier par le fait que nous les découvrons à des moments charnières de leurs vies.

La première, Smita, vit en Inde. Intouchable, mariée à un chasseur de rats qui pourvoit aux besoins alimentaires de sa famille grâce aux produits de son labeur, elle survit en vidant des latrines à longueur de journée, comme le faisait sa mère avant elle. Smita se trouve alors confrontée à un choix vital : doit-elle enfin accepter sa condition et apprendre à sa fille de 6 ans à faire avec en attendant peut-être mieux dans une prochaine vie ou bien peut-elle raisonnablement espérer la faire échapper à sa destinée en l’instruisant ? Et lorsque l’instituteur qui avait pourtant accepté d’enseigner la lecture à sa petite se révèle être un escroc, que lui reste-il comme espoir ?

Plus près de nous, en Sicile, vit Giulia. Jeune femme âgée de 20 ans, elle travaille auprès de son père dans l’atelier familial où se perpétue la tradition de la Cascatura : l’art de transformer des cheveux coupés pour les traiter, les colorer et en faire des perruques. Mais lorsque le Papa se trouve entre la vie et la mort et que Giulia réalise que la faillite de l’entreprise est imminente, que peut-elle faire ? Epouser un homme qui au mieux l’indiffère mais qui pourrait lui garantir ainsi qu’à sa famille une stabilité financière ou écouter son cœur en se lançant dans le projet fou de s’approvisionner en cheveux ailleurs qu’en Sicile, notamment en Inde où les dons de cheveux à Vishnou sont extrêmement nombreux ?

Enfin, à Montréal, Sarah est sans doute la femme qui nous est la plus familière. Avocate d’affaires, elle s’est construite une carrière remarquable poursuivant un parcours sans faute, mais aussi un mur totalement étanche entre ses vies personnelle et professionnelle. Sa réussite s’est faite aux dépends de ses enfants et les sacrifices pour parvenir à l’association ont été nombreux. Alors, quand le cancer survient, Sarah fait elle aussi face à un choix engageant : doit-elle conserver à tout prix son statut professionnel en taisant sa maladie au risque d’être mise au placard ou bien doit-elle accepter son état et se reposer sur ceux qui l’entourent pour se battre ?

C’est ainsi que toutes trois aux univers si différents vont se trouver liées par une intimité forte, celle d’une tresse de cheveux offerte à Dieu dans l’espoir d’une vie meilleure, qui voyagera par la Sicile pour enfin rejoindre le Canada.

Mais bien davantage qu’une histoire de cheveux, La Tresse met en scène trois femmes fortes qui, chacune à sa manière, animées par la foi, vont se libérer du poids des traditions, des contraintes qui les ont entourées depuis des lustres, pour enfin se révéler et infléchir un destin qui semblait pourtant tout tracé.

Un livre qu’on ne repose qu’une fois la dernière page tournée et dont on aurait eu plaisir à prolonger la lecture pour rester encore un peu avec ces femmes lumineuses, si inspirantes !

(La Tresse de Laëtitia Colombani, Editions Grasset, mai 2017, 224 pages)

Laetitia Colombani


À propos de l’auteur

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman.