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Victoire Theismann, 20 ans comédienne, 20 ans voyageuse, 40 ans de travail sur soi, l’ont guidée vers un nouveau métier: psychanalyste.

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Actuellement, Victoire Theismann met en scène “L’Amour dans tous ses états” au Théâtre les Feux de la Rampe à Paris. Pièce animée par le psychanalyste Guy Corneau avec Hervé Pauchon et Camille Bardery. On y voit un couple arriver à l’impasse. Plus ils font des efforts pour aller bien, pire c’est. Il faut toute la sagacité du psychanalyste et de la salle pour démêler l’imbroglio qu’ont tissé les personnages.

Il est des livres inclassables. L’Ami d’éternité de Victoire Theismann en fait partie. Ce n’est pas un essai, pas un roman, plutôt un récit. Le récit d’un voyage en amitié  pendant presque 40 ans avec Bernard Giraudeau, être exigeant, en perpétuelle quête de sens et de tout ce qui lui permettait de fuir l’ennui… En à peine 200 pages, l’auteur poursuit sa relation épistolaire avec l’acteur et ce périple au fil de leur amitié inclassable nous propose un autre regard sur l’absence.

BTL: Qu’est-ce qui a motivé le besoin d’écrire l’Ami d’éternité ?

VT: Ma relation avec Bernard est beaucoup passée par l’écrit. Son départ a provoqué un grand vide et c’était une façon de traverser ce vide que de continuer à lui écrire, c’était ma façon de faire le deuil, de garder et de transformer le lien. Je me suis aperçue de cette transformation au fil du temps. Quand on perd un être proche, cher, important, accepter le manque de la présence physique, de l’échange, de la voix, est essentiel. Je parle beaucoup du rire de Bernard dans ce livre parce que c’est vrai qu’il avait un rire très enveloppant qui irradiait. Ne pas perdre ce rire, le rend tellement vivant. Lorsque j’ai écrit ce texte, c’est mon coeur, l’essence de ce que je suis, qui passe dans mes mots. J’étais vraiment dans une communication avec Bernard. Et c’est ce qui m’a permis pendant la rédaction qui a duré longtemps, puisqu’il y a eu des périodes où je n’écrivais pas, de passer de “l’Absence” à la “Présence”.

BTL: Qu’est- ce que ce livre a libéré dans votre vie?

VT: Je ne m’étais jamais posée de questions sur notre relation. Elle était. C’est ce livre qui a fait émerger ce qui nous unissait, la conscience du lien, de sa qualité. J’ai longtemps manqué de confiance en moi, je me suis souvent demandée ce que quelqu’un qui avait un tel charisme, une telle présence, une telle force vitale, pouvait me trouver. J’ai compris assez tardivement que l’on était semblable mais simplement on l’exprimait différemment. Lui plus extériorisé, moi plus intériorisée. On avait tous les deux cette même quête d’authenticité, d’absolu, cette recherche perpétuelle de dépassement, d’aller plus loin, de comprendre, de traverser la vie et de ne pas s’arrêter à l’apparence des choses. Cela m’a permis d’accepter aussi que l’écriture était vraiment mon moyen d’expression et qu’elle soit reconnue par une éditrice de qualité, m’a donnée l’envie de continuer à écrire pour être éditée et non pas juste pour écrire.

BTL: En tant que psychanalyste, cherchez-vous toujours à trouver du sens à tout ce qui est?

VT: Dans ma pratique quand j’accompagne certaines personnes, souvent je leur suggère de trouver en eux ce que permet quelque chose plutôt que le sens que cela peut avoir. Bernard était beaucoup en recherche de sens,  ce cancer l’a poussé à cela… Lors de nos échanges sur ce sujet, je lui disais: “On peut trouver tellement de sens à tout. Est-ce que c’est vraiment le sens qui est important? Sauf si ça te parle de façon extraordinaire, est-ce que ça ne peut pas être aussi… Que me permet cette maladie ? Qu’est-ce qu’elle ouvre en moi? Quel mouvement elle m’inspire? Qu’est-ce qui s’alchimise en moi grâce à cette maladie?” Et vraiment « grâce » parce qu’il a fait un chemin incroyable grâce à cette maladie.

BTL: Ce qui est important aussi c’est le regard que l’on porte sur l’autre. Comment aller au-delà des apparences?

VT: Les événements, les épreuves de la vie nous proposent de regarder plus profondément, d’aller au-delà des apparences. Bernard n’a pas toujours été bien compris parce qu’il avait la réputation d’être quelqu’un de coléreux, mais il n’était en colère que lorsqu’il était face à la médiocrité, l’incohérence, un manque d’engagement, de profondeur, d’intensité. Il faisait partie de ces êtres que l’on dit « à haut potentiel ». Terme que je n’aime pas beaucoup car il stigmatise, mais ce sont des êtres, tant intellectuellement qu’au niveau de leur sensibilité, de leur potentiel artistique, créatif, intuitif, pour lesquels il est impératif de vivre ce qu’ils “sont” profondément et qui souffrent des concessions qui leur sont demandées, voire imposées, qui comprennent difficilement les incohérences des autres. Du moins qu’ils vivent comme étant des incohérences. Pour ces personnes, il est impératif d’Être, dans tous les domaines de leur vie.  Il y a de plus en plus d’enfants aujourd’hui qui naissent avec cette exigence et qui sont encore trop souvent considérés comme des enfants à problèmes: les enfants hyperactifs, avec des manques de concentration, que l’on dit paresseux, qui s’ennuient… Bernard était un petit garçon qui s’est beaucoup ennuyé, quand il est devenu maitre de sa vie, il n’a eu de cesse de ne pas s’ennuyer et l’une des voies qu’il a choisie pour se sentir vivant était de se mettre perpétuellement au défi.

BTL: Comment votre éditrice  qualifie-t-elle « l’Ami d’éternité » et pourquoi?

VT: O.L.N.I. Objet littéraire non identifié! C’est un livre qui parle autant de comment traverser un deuil et recréer un lien au-delà de la mort, que d’une amitié magnifique. Il parle aussi de la sensibilité de deux êtres, de ce qui fait que deux êtres qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre en apparence, se rencontrent et cheminent ensemble pendant presque 40 ans… Ce n’est pas un livre ésotérique ou bizarre, qui parle d’un acteur, c’est un récit de la vie. Ce qui m’importe aussi, c’est que je cède une grande partie des droits de ce petit livre à l’Association « les amis de Gianpaolo ». Bernard tout au long de sa vie, a été très généreux. Le fonds Bernard Giraudeau soutenait cette association qui accompagne les enfants cancéreux et leur permet, entre autre, d’avoir leurs parents près d’eux, on sait que cela participe beaucoup à la guérison et quand malheureusement il n’y a pas de guérison, au bien-être des enfants. L’association aide également les proches dans les démarches administratives et financièrement… C’est important pour moi que ce livre ait aussi cette fonction-là.

Un récit à lire comme il a été écrit, avec le coeur…

L’Ami d’éternité, Editions Pygmalion