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l-amour-et-les-forets

Le titre est trompeur.  Pas de romance champêtre  ici, mais un amour noir et dévastateur.

Rien de plus banal en apparence que la vie de Bénédicte Ombredanne : mariée,  deux jeunes enfants, un poste de professeur de français en province.  Lectrice enthousiaste du dernier livre de l’auteur, elle le rencontre et lui livre des pans de son histoire.

Derrière l’image lisse de cette madame «tout le monde», il y a l’enfermement et…l’enfer tout court.

Un mari faible, complexé qui se transforme en bourreau pervers, une proie déchirée entre haine et fascination. Bénédicte Ombredanne  essaie toutes les portes pour s’enfuir. La dernière sera la bonne.

C’est le récit oppressant  d’un harcèlement.

Les longues phrases, les descriptions détaillées  sans ponctuation,  l’absence d’alinéas,  participent à cette impression d’étouffement qui  enveloppe le lecteur.  On  dévore la tragédie que nous offre Eric Reinhardt,  et la dernière page enfin tournée, on  espère que ce n’est qu’un roman…

Dominique de Margerie, octobre 2014

Bénédicte Ombredanne, brillante agrégée, professeur de Lettres en province, exigeante et idéaliste a épousé après une déception amoureuse Jean-François, médiocre, maniaque, tatillon et radin…Il devient très vite son bourreau quotidien et, de mesquineries en humiliations, fait de sa vie un enfer. Essayant de s’échapper, Bénédicte Ombredanne entrouvre une porte et une seule, met un pied au paradis et y renonce aussitôt.

Reinhardt trace le portrait d’une femme qui  malgré une intelligence aigüe, un profond amour de la vie, une passion naissante et réciproque pour un autre homme renonce à tout et s’enfonce dans le malheur. Il me semble qu’il y a une contradiction fondamentale entre le caractère féminin décrit par l’auteur et cette résignation sans limite. Cette contradiction donne un personnage presque caricatural. L’auteur a fait la synthèse de plusieurs témoignages de femmes harcelées pour écrire son roman. Il a donc élaboré une personnalité à partir de vies différentes. Cette sensation de manque de nuances vient peut-être de cette construction artificielle …Il me semble que c’est la limite de ce livre, par ailleurs la description poignante de l’enfer du harcèlement moral est très bien écrit.

On éprouve donc un malaise persistant après la lecture de ce roman. A moins que Bénédicte Ombredanne, encore plus Bovary que l’original, ait imaginé de toutes pièces la rencontre qui aurait dû la sauver,  pour garder au plus profond d’elle un refuge spirituel. Elle n’aurait donc pas renoncé mais tenté une ultime évasion…

Laurence Stéphan, octobre 2014

« L’amour et les forêts » Eric Reinhardt  ( Ed.  Gallimard,  2014)