Sonia Jebsen – décembre 2020

Préverenges ©Vincent Guignet

“Le Léman est un terrain vague, une vacance inespérée pour vos vies trop pleines, un espace pour la contemplation”

©Claude Dussez

La Suisse est un pays de lacs, 1484 au total. Allez demander au commun des mortels d’en nommer un, et un seul… C’est le Léman qui arrive en tête de liste. Cette étendue d’eau franco-suisse nichée entre les Alpes et le Jura peut s’enorgueillir d’être la muse de nombreux artistes au fil de l’histoire. Sans arrêt, on lui tire le portrait en peinture, en photo et il fait couler beaucoup d’encre.

Deux photographes suisses Claude Dussez et Vincent Guignet posent  un regard  actuel et très humain  sur le Léman et ses habitants. Leur reportage en images est à parcourir sans modération dans le superbe ouvrage : Léman, Bien plus qu’un lac ( aux éditions Glénat).  Une sélection de leurs clichés est exposée au Musée du Léman ( ça s’impose) jusqu’au 18/04/21.

©Vincent Guignet

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Deux regards et une plume 

Claude Dussez, le valaisan vient du monde du graphisme, dessin de presse et peinture. L’envie de photographier a toujours été présente, et très vite, ce médium s’est révélé en parfaite symbiose avec sa personnalité et son expression artistique. En 2013, son premier projet photographique mettait en lumière des artistes suisses dans leur intimité, concrétisé avec le livre “ArtistesCH”. Ses terrains de jeux sont les multiples festivals de musique de la région à Cully, Sion ou Nyon. C’est lors d’une édition du Paléo qu’il rencontre Vincent Guignet. Originaire de Morges, ce photographe autodidacte s’est lancé en tant qu’indépendant en 2016. Passionné par les sports mécaniques (Formule 1 et MotoGP), il parcourt le monde en fonction de ses mandats pour les constructeurs et les agences suisses et françaises.  

Les superbes textes accompagnant les photos en noir et blanc sont de la main de l’écrivain, Blaise Hofmann, auteur d’une dizaine de romans et récits de voyage. Né à Villars-sous-Yens, il officie pour la presse suisse romande, écrit des pièces de théâtre et des livres jeunesse. L’homme de lettres est également passionné par la viticulture qu’il pratique dans le village de Reverolle. Ami de Vincent, Blaise Hofmann a trouvé sa place dans l’aventure, comme une évidence.

Lutry ©Claude Dussez

“Le Léman est à votre image. En amont, le passé. En aval, l’avenir. L’eau coule sans jamais s’arrêter. Vous ne vous baignerez  jamais dans le même lac”

Le tour du Léman en quatre ans

Le lac fait partie du quotidien de Vincent. Fidèle promeneur de ses rives, son objectif l’a souvent en ligne de mire. Quant à Claude, il le côtoyait mais toujours de loin, en passant. Pour éviter les clichés, le duo doit trouver un autre angle de vue. C’est ainsi que naît l’idée d’un reportage  autour du Léman qui démarre en 2016.  “Notre but était d’en faire le tour, de rencontrer les gens qui l’habitent, découvrir de nouveaux spots, donner une approche originale aux  sites hyper connus”, dit Claude Dussez.

Pendant quatre ans,  les deux compères vont arpenter les rives entre la Suisse et la France ! “Nous avions tout le temps pour ce projet, aucune contrainte”, lancent-ils. Pris au jeu, leur carnet de bonnes adresses se remplit, le téléphone arabe fonctionne à merveille ! Bienveillant et curieux des autres, le duo est reçu parfois avec réserve, mais très vite, l’ambiance se réchauffe, la confiance s’installe. Difficile de refuser le petit  “coup de blanc”, avouent-ils en souriant.  L’intimité s’installe entre les photographes et leurs sujets, le temps s’arrête, les prises de vue, les cadrages, les zooms se font tout en douceur.

Le Léman intemporel en noir et blanc

Si l’utilisation du noir est blanc est une évidence pour les deux photographes, elle est peut-être surprenante pour vous ! Comme l’explique Claude Dussez, la couleur est souvent un phénomène de mode et fixe la prise de vue dans une époque donnée. En revanche, avec le noir et blanc, les scènes de nature et les portraits deviennent intemporels, élégants, poétiques. Sur les milliers de photos prises par chacun, force est de constater que leur manière de cadrer diffère. On ne se refait pas : format portrait pour Claude versus format paysage pour Vincent !

Au fil des sorties et rencontres, qu’ont-ils découvert de nouveau, de bluffant sur la région ? Réponse de Claude Dussez : “Être photographe s’apparente au métier d’acteur. Le contact avec les gens nous a ouvert les portes de leur univers pour un moment magique”. Partir à 4 heures du matin avec un pote pêcheur pour relever les filets, observer un constructeur de bateaux en action, rencontrer le dernier scaphandrier ou la seule femme grenouille sont des  expériences inoubliables, confient les deux amis. Si la plupart du temps, ils ont été accueillis avec compréhension, ce ne fut pas toujours le cas dans leur shooting à l’improviste. “On nous a fait subir un interrogatoire lors d’une séance sur une plage” s’étonne encore Vincent Guignet. Nous ne sommes pas des paparazzi, donc le tact et la pudeur font partie de notre approche.”

Pourrait-il y avoir une suite à ce livre ? Oui, car le sujet est loin d’être épuisé, avouent-ils. Peut-être affaire à suivre dans quelques années. Nous avons laissé la place d’honneur aux deux photographes dans notre publication. En guise de conclusion, nous reprenons  les mots d’amour  de  l’écrivain Blaise Hofmann à son Léman, à notre Léman :

“Le Léman était là avant vous, il vous survivra”

“En vivant sur ses rives, il vous est devenu essentiel. Il vous constitue. Il est votre pays de coeur, d’adoption.”

“Le Léman est au-delà des mots. Le nommer, c’est vouloir le posséder et c’est déjà le trahir. Il faut laisser parler les images”.

©Vision Art Festival
monica de cardenas, silvia gertsch, artgeneve 2020, salon d'art