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Les yeux levés vers le ciel, une mimique interrogative, des fossettes encadrant un début de sourire que l’on devine, un déguisement de papillon… mais qui est donc cette petite fille ? Que faisait-elle ainsi accoutrée ? Etait-ce à l’occasion d’un carnaval ? D’une fête joyeuse… ? Rien de cela en vérité. Et nous en sommes même bien loin.

Marie, « die Keine Fliege » – la petite mouche – avait revêtu ce costume pour distraire des soldats allemands lors d’un dîner de gala dans les années 40, des soldats installés en pleine Champagne française.

Et que faisait donc cette petite fille au beau milieu du camp ennemi ? Elle survivait, tout simplement.

Philippe Pollet-Villard dresse dans son dernier roman, largement inspiré de l’histoire de sa maman, plusieurs portraits de femmes, et en particulier celui de Marie, cette enfant si singulière et si attachante qui vous marquera pour longtemps.

Placée dans un orphelinat dès son plus jeune âge, Marie est recueillie à 12 ans par Anne-Angèle, infirmière française vivant au Maroc et qui accepte, lors d’une visite en France, de prendre en charge l’enfant en échange d’une rémunération. Contraintes de quitter Paris, Marie et sa « tante » partent s’installer en pleine campagne française, occupée. Alors qu’elles pensaient gagner de quoi subvenir à leurs besoins en ouvrant une infirmerie, elles se trouvent vite confrontées à l’ostracisme des habitants du village qui voient d’un bien mauvais œil ces nouvelles venues et ne manquent pas de leur faire ressentir. Et pourtant, il faut bien trouver de quoi se restaurer. Sa tante malade, Marie va devoir se débrouiller seule, pour tout. Pour elle et pour sa tante qu’elle n’abandonnera à aucun moment.

Petite fille espiègle et téméraire, Marie va déployer des trésors d’ingéniosité pour trouver de quoi les alimenter, en dépit d’un interminable combat quotidien où rien ne lui est épargné. Enchaînant les coups du destin dans ces temps de guerre, crevant de froid, infestée de poux, violée… elle se bat, tous les jours, espérant quelques restes d’épluchures de légumes donnés aux animaux ou encore des conserves périmées. « Il faut continuer de croire aux miracles » pense Marie résignée, et animée d’un seul vœu : avoir elle aussi, un jour, une vraie famille…

C’est le cœur serré que nous la suivons dans ses déambulations, tremblant pour elle lorsqu’elle met à sac le dortoir de soldats allemands à la recherche de son chat, révoltés lorsqu’elle se fait congédier après avoir passé une journée à ramasser des choux pour quelques pommes de terre qu’elle n’obtiendra finalement pas, terriblement émus lorsqu’elle se demande s’il ne vaudrait pas mieux mourir puisqu’en principe, notre dernière volonté est alors exaucée et qu’un repas pourrait ainsi être enfin octroyé… Marie a dû grandir bien trop vite et combien de fois ai-je eu envie de la prendre dans mes bras durant cette lecture, lui dire, « Repose-toi sur moi », je vais prendre soin de toi !

L’enfant-mouche est un roman poignant, un livre hommage pour une petite fille au courage hors du commun, porté par une écriture sensible qui sait toucher en plein cœur. Un roman à ne pas manquer !

L’enfant-mouche, de Philippe Pollet-Villard, Flammarion, Août 2017


À propos de l’Auteur

Philippe Pollet-Villard est né en Haute-Savoie en 1960. Il a été directeur artistique d’agences de publicité parisiennes pour lesquelles il a conçu et réalisé de nombreuses campagnes et films publicitaires – souvent primés – ainsi que quelques clips. De façon à mieux appréhender la direction d’acteur, il a également suivi des cours de théâtre. Désireux lui-même de jouer, il a créé un personnage qu’il a développé dans plusieurs courts et moyens-métrages. Parmi ces quelques films qui trouvent leur contexte dans le monde de la rue et de la petite délinquance, « Le Mozart des Pickpockets » lui a valu en 2008 le César et l’Oscar du court-métrage.

Parallèlement, il a publié en 2006 un premier roman inspiré de la vie d’un gangster : « L’homme qui marchait avec une balle   dans la tête » puis « La Fabrique de Souvenirs » dans lequel il relate de façon drolatique la disparition de son père et « Mondial Nomade » qui raconte la dérive d’un homme d’affaires vieillissant en quête de sens.

Bythelake vous offre les premières pages de L’enfant-mouche…