Pascale Rousseau – février 2021

Les Impatientes, Prix Goncourt des lycéens 2020, est un témoignage percutant sur la condition des femmes dans le nord du Cameroun (Editions Emmanuelle Collas). L’auteur camerounaise Djaïli Amadou Amal nous livre avec une farouche sincérité les destins de Ramla, Hindou et Safira, victimes de leur société et bâillonnées par une éducation ancestrale et patriarcale.

Comédienne, Pascale a deux passions : la lecture et la scène.  Elle arpente pour son plus grand plaisir tous les théâtres de Genève et ses environs, toujours prête à partager avec vous ses coups de coeur littéraires.

Quelle histoire !

Munyal, Ramla ! Patience ! Ramla est amoureuse d’Aminou, un ami de son frère et veut devenir pharmacienne mais son père en a décidé autrement. Il l’a promise à l’homme le plus riche de la ville.

Munyal, Hindou ! Patience ! Hindou, elle, doit épouser son cousin qu’elle ne connait pas. Sa réputation de drogué et d’homme violent ne semble choquer personne.

Munyal, Safira ! Patience ! Safira se voit imposer une jeune épouse rivale dans son couple et sera évincée sans ménagement. Comment vivre cette humiliation?

Patience… Cet insupportable leitmotiv qui rythme ce récit de façon obsédante est le reflet du quotidien de ces très jeunes filles. C’est aussi le seul conseil qui leur est donné par leurs proches puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Acceptation et  résignation seront au coeur de leurs vies. 

Même destin, même avenir. Les coutumes, le sens du devoir, la pression de la famille, le mariage précoce et forcé, la violence psychologique, la violence physique (le viol n’est pas reconnu au sein du couple), le chantage affectif et le danger omniprésent de la répudiation sont le quotidien de ces femmes.

L’inacceptable pour nous occidentales, est le quotidien de ces femmes qui doivent tout accepter sans se plaindre. Soumises, elles passent sans transition de la tutelle d’un père, d’un oncle, d’un frère aîné à celle d’un mari imposée par la famille sans autre choix que de baisser les yeux et de se taire.

Ces femmes qui vont oser devenir “impatientes” et qui vont prendre leur destin en main. Mais à quel prix…

“A partir de maintenant, vous appartenez chacune à votre époux et lui devez une soumission totale instaurée par Allah, sans sa permission vous n’avez pas le droit de sortir , ni même d’accourir à mon chevet, ainsi et à cette seule condition, vous serez des épouses accomplies”.

A mon humble avis…

En prenant la plume, l’auteure, féministe, brise le silence sur les nombreux tabous liés aux femmes. Elle m’a bouleversée par son style direct et simple. Les effets de style ne sont pas au rendez-vous et c’est tant mieux. Ce n’est pas le sujet. Le roman sonne juste et l’écriture est émouvante. Son style est pudique et sincère  à l’instar de Hindou, Ramla et Safira, les personnages du livre.

Représentante des droits de la femme en Afrique, Djaïli Amadou Amal peule, musulmane et féministe sait de quoi elle parle.  Forcée d’épouser à 17 ans un homme de 50 ans, elle prendra conscience que quelque chose ne fonctionne pas dans sa société.

Ce roman coup de poing a reçu le prix Orange du livre en 2019 et il continue son chemin avec le Goncourt des lycéens. Quelle meilleure récompense pouvait-on lui souhaiter? Je ne peux m’empêcher de voir dans cette attribution une lueur d’espoir pour la condition de la femme africaine et pour éveiller les consciences au delà des âges et des frontières.

And the winner is ….

En 2020, les cinq autres romans finalistes du Goncourt des lycéens étaient :

  • Miguel Bonnefoy – Héritage – Éd. Rivages 
  • Lola Lafon – Chavirer – Éd. Actes Sud
  • Hervé Le Tellier – L’anomalie – Éd. Gallimard
  • Maud Simonnot – L’enfant céleste – Éd. L’Observatoire
  • Camille de Toledo – Thésée, sa vie nouvelle – Éd. Verdier