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Claude Barras

Né à Sierre en 1973, Claude Barras habite à Genève et travaille à Lausanne… Sa dernière création, « Ma vie de Courgette » fait l’unanimité. Malgré un sujet délicat, elle a décroché le cristal du long métrage ainsi que le prix du public au Festival International du film d’animation d’Annecy, le Valois de diamant du 9e Festival du film francophone d’Angoulême… et va peut-être représenter la Suisse aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger » ! Rencontre avec un homme qui a le souci des autres.

BTL : Le film est basé sur le roman “Autobiographie d’une Courgette” de Gilles Paris. Qu’est -ce qui vous a touché dans ce livre et donné envie de le porter à l’écran  ?

Claude Barras : “Banquise”, court-métrage co-réalisé avec Cédric Louis et qui concourrait à Cannes en 2006, racontait l’histoire d’une petite fille boulimique qui peinait à trouver sa place dans le monde. Cédric m’a ensuite fait lire “Autobiographie d’une Courgette“, proche de la thématique de notre premier court-métrage, afin d’entamer un travail d’adaptation. La maltraitance comme sujet d’un long-métrage d’animation destiné à un large public, c’est délicat. Mais le récit démarre dans l’ombre et s’envole vers la lumière, porté par la résilience de ses petits héros. Je pense que finalement, une fois les peurs du sujet «difficile» levées, c’est justement la singularité du sujet qui a rendu le film original!

BTL : Pourquoi avoir choisi la technique du Stop-Motion, dite animation image par image ou animation en volume, technique d’animation qui permet de créer un mouvement à partir d’objets immobiles ?

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Claude Barras : C’est ce rapport physique avec la réalité, avec la matérialité du cinéma qui nous porte, mon équipe et moi. Il existe aussi un rapport étroit et évident entre le fond, le réalisme social du sujet et la forme très concrète de l’animation stop-motion, ancrée dans la réalité matérielle d’un tournage. C’est une technique très exigeante car, contrairement aux techniques numériques, on ne peut plus corriger l’animation une fois les plans tournés. C’est comme un concert de jazz, on peut s’y préparer, mais une fois lancé, on doit composer avec les erreurs et les difficultés pour créer du beau, l’illusion de la vie, animer un être inanimé, image après image. C’est très concret et même temps proche du chamanisme.

Le style d’animation est naturaliste, entre réalisme et stylisation cartoon. Il s’agit de styliser et simplifier le réel pour en garder l’essentiel. Nous nous inspirons des voix bien sûr, mais aussi des vidéos des enfants tournées lors de la captation et des mimes que les animateurs font avant chaque plan pour se plonger «de l’intérieur» dans l’acting des personnages. Très vite les marionnettes imposent aussi, par leur physionomie, leurs propres personnalités. C’est difficile à expliquer, un peu fou et magique à la fois.

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BTL : Certains ont écrit que vous aviez adopté une esthétique proche de l’illustration pour enfant, très stylisé. Quels sont vos modèles ou vos sources d’inspiration ?

Claude Barras : Le design des poupées est très simple, facile et rapide à animer, pas cher à produire. Hergé, père de Tintin, affirmait que plus le style graphique d’un visage est simplifié, plus le spectateur peut y projeter ses émotions et s’identifier avec lui. La clef de l’univers de Ma Vie de Courgette réside dans le regard des personnages. Leurs immenses yeux, grands ouverts sur le monde, font la part belle à l’émotion et à l’empathie. Le réalisme, je l’ai mis dans la voix et la lumière. Je suis très fan de Ken Loach et des Frères Dardenne.

Enfant, j’étais fasciné par les récits mélodramatiques comme la série animée Heidi, les téléfilms Rémi sans famille ou encore Les 400 Coups ou Le Tombeau des Lucioles, qui me procuraient des émotions intenses. Pour moi, l’apprentissage de la vie passe par l’apprentissage de ses émotions.

BTL : Pensez-vous qu’il existe une école suisse de l’animation ou au moins, un regard helvétique différent ?

Claude barras : La scène helvétique est dominée par le court-métrage artistique réalisé essentiellement par des auteurs-producteurs, en l’absence de véritable industrie de l’animation. C’est une scène très créative, mais qui commence à peine à “oser” des projets plus ambitieux, tels que série TV ou long-métrages. Pour cela il faut impérativement faire des coproductions avec nos voisins linguistiques (France, Belgique, Allemagne ou Italie). Mais la sortie de la Suisse du plan Créative Europe, imposée par l’Europe en représailles à l’initiative UDC sur les quotas étrangers, ne nous aide pas du tout. C’est navrant que cette initiative, au final, atrophie la créativité et la recherche dans notre pays. Les cerveaux s’exilent très vite quand cela sent le renfermé.

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BTL : Votre film parle de résilience, la bande-son est inspirée de musiques de “plus vieux” Bérurier Noir, Noir Désir. Vous souhaitez vous adresser aux enfants ou aux adultes ?

Claude Barras : J’y ai mis simplement la musique que j’aime et Sophie Hunger a composé le reste sans faire de la musique pour enfant. Nous ne voulions pas infantiliser ce public si intelligent! Le livre de Gilles Paris est un roman ado/adultes qui traite très finement des difficultés que peuvent traverser les enfants quand les adultes les maltraitent. Avec le film, j’ai tenu à ouvrir le récit aux enfants pour les confronter à la «vraie» vie, une vie où les animaux ne parlent pas et où le but de la vie n’est pas de s’envoler pour sauver le monde… Je suis parti du postulat qu’enfants, nous avons tous connu parmi nos amis, nos connaissance ou notre famille, un ou plusieurs enfants maltraités… Et que ce n’est que la pointe de l’iceberg car le sujet est tabou. Je voulais donc les aider à mieux comprendre leurs émotions et celles des autres afin de mieux vivre ensemble.

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BTL : Vous avez dit dans une interview que “le film parle de la notion de famille dans notre société”…

Claude Barras : Je crois que la famille, dans notre société, c’est avant tout les gens avec qui on crée des liens, avec qui on partage des valeurs. Au-delà de l’hommage à toutes ces enfances brisées, au courage, à la résilience et à l’amitié, j’espère du fond du coeur que ce film permettra aux gens concernés de parler, de lever un peu les tabous, d’aider les enfants à détecter la détresse chez leurs camarades, à ne pas avoir peur de la solidarité et à réfléchir à la manière de s’en sortir et de s’entraider en évitant la violence.

Film d’animation franco-suisse

Durée : 1h06

Avec Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Paulin Jaccoud plus

La sortie du film « Ma vie de Courgette » est prévue le 19 Octobre.

Mais si l’envie vous prend de rencontrer Claude barras et de découvrir le film en avant-première, voici les dates:

Samedi 08/10  GENEVE Alhambra   @ 16:00 projection publique dans le cadre du festival Animatou en présence de Claude B & Max K

Samedi 08/10 LAUSANNE  Capitole   @ 18:00 Avant-première publique en présence de l’équipe du film en partenariat avec RTS

Dimanche 09/10  BULLE Prado   @ 11:00 Avant-première publique en présence de Claude Barras

Dimanche 09/10   FRIBOURG Rex   @ 14:00 Avant-première publique en présence de Claude Barras

Dimanche 09/10   GENEVE Scalas   @ 18:45 et 21 :00 Avant-première publique en présence de Claude Barras

Dimanche 09/10   COSSONAY Casino   @ 16:00 Avant-première publique

Lundi 10/10   NYON Capitole   @ 20:00 Avant-première publique du Ciné-club Capitole en présence de Claude Barras

Mercredi 12/10   YVERDON Bel-Air   @ 15:00 Avant-première publique en présence d’Elie Chappuis

Mercredi 12/10   MORGES Odéon   @ 18:00 Avant-première publique en présence d’Elie Chappuis

Samedi 15/10   MARTIGNY Corso   @ 14:30 Avant-première publique

Dimanche 16/10   MARTIGNY Corso   @ 14:30 Avant-première publique

Dimanche 16/10   TRAMELAN Cinématographe   @ Avant-première publique

Mardi  18/10 NEUCHATEL Arcades   @ 18:45 Avant-première publique