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Toujours en lice :

Secrétaire de l’Académie Goncourt depuis 20 ans, seul poste permanent de cette somptueuse institution, Marie Dabadie en est sa « cheville ouvrière ». Interviewée par Pascale Frey lors d’une rencontre organisée à la Société de Lecture de Genève le 19 septembre dernier, elle nous en a livré quelques petits secrets. Les voici… en chiffres !

* 1 -> 1 million d’exemplaires vendus d’un titre ayant obtenu le Goncourt. Il s’agit du record absolu et il est détenu par Marguerite Duras pour L’Amant. Une récompense qui revêt donc une importance économique loin d’être négligeable, surtout à une époque où les ventes de livres se portent moins bien. Les effets se font d’ailleurs ressentir en librairie dès l’annonce des premiers livres sélectionnés. Comment expliquer qu’un livre primé par le Goncourt marche auprès du public ? Cela demeure mystérieux… mais une chose est certaine : « le sujet et l’écriture du livre priment sur tout : le reste ne compte pas ».

-> 1, c’est aussi le nombre maximal de fois où l’on peut obtenir le Prix Goncourt, sauf à changer d’identité, ce qu’avait fait Romain Gary : il l’a d’abord obtenu en 1956 avec Les Racines du ciel, puis, sous son pseudonyme Emile Ajar, il a à nouveau été récompensé pour La vie devant soi en 1975.

-> 1, c’est enfin le rythme auquel les académiciens se réunissent par mois. La rencontre a traditionnellement lieu dans le salon Goncourt, chez Drouant, le premier mardi de chaque mois.

* 6 – > six mois doivent passer avant qu’un nouvel académicien soit élu après le décès d’un autre. Un principe en la matière, celui de la « boule noire » : il s’agit du refus catégorique d’intégrer un nouvel académicien, utilisée une seule fois par Jorge Semprun. Mais nous ne saurons pas qui en a fait les frais !

-> c’est aussi le 6 novembre prochain que le Goncourt sera remis. L’annonce sera faite comme chaque année par le Secrétaire Général de l’Académie Goncourt, Didier Decoin, à 12H45, et ainsi être révélée au Journal de France 3 🙂 En général, les quatre finalistes se tiennent près de Drouot avec leurs éditeurs, au cas où ils seraient appelés… Seul Jonathan Littell n’a pas été présent pour recevoir son prix récompensant Les Bienveillantes, que son éditeur, Antoine Gallimard, est venu réceptionner en son nom.

Les membres du Goncourt chez Drouant – ⓒ Olivier Dion

*10 -> C’est le nombre d’écrivains faisant partie de l’Académie Goncourt, pas tous nécessairement romanciers d’ailleurs. Le meilleur souvenir de Marie Dabadie : l’ambiance qui préside aux réunions des académiciens, “amicale, fraternelle et joyeuse”. Interrogée sur les soupçons de collusion, Marie Dabadie reconnaît que celle-ci a pu prendre place mais plus du tout depuis quelques années. Bernard Pivot, président de l’Académie aurait même dit en séance : “on est tellement transparent que c’en est excessif” !

-> 10, c’est aussi le montant du chèque en euros remis au Lauréat. Seuls deux auteurs auraient déjà encaissé ce chèque, mais là aussi, aucune révélation !

*14 -> …tours de vote entre académiciens au maximum pour choisir un livre. Cela n’est jamais arrivé à la connaissance de Marie Dabadie. Chaque ouvrage sélectionné fait l’objet d’un vote par les académiciens. En cas d’égalité entre ouvrages, le Président de l’Académie a double voix. Quelques péripéties peuvent survenir au moment de ces votes. Ainsi, la secrétaire de l’Académie a évoqué un vote mémorable en 2003, lorsque l’un des académiciens qui avait voté à tous les tours pour Arden de Frédéric Verger, a finalement opté pour Au revoir là-haut de Pierre Lemaître au dernier tour ! Un Goncourt emporté à une voix près, et dont la présidente Edmonde Charles-Roux aurait été contrariée au point de ne plus parler à cet académicien pendant quelques temps !

ⓒGilles Bassignac/Divergence

* 20-> …ans ! Anniversaire de la date d’entrée de Marie Dabadie à l’Académie française où François Nourissier lui avait demandé de venir « tenir la baraque » !

-> 20, c’est aussi le nombre de journalistes littéraires qu’elle autorise à monter dans le Salon Goncourt juste après l’annonce du prix, pour interviewer le lauréat et les académiciens, avant la cohue formée par tous les autres ! Quand le Salon est totalement plein, il devient nécessaire de le faire évacuer pour permettre aux personnes suivantes d’entrer ! Un phénomène totalement fou, qui n’existe qu’en France !

*50 ->… livres ont fait l’objet de fiches par les académiciens cette année. Elles sont réalisées au gré de leurs lectures pendant l’été, puis circulent entre tous. La première sélection est issue de ces 50 fiches. Mais ils pourraient être un peu plus, un peu moins… Cela dépend des années. Il n’existe pas de règle en la matière… Ainsi, le 5 septembre, ces 50 livres ont fait l’objet de vote après que chaque académicien ait eu le loisir de défendre les livres lui tenant à cœur. Un bien beau cercle de lecture… Deux livres ont obtenu la majorité absolue au 1er tour. Deux autres tours ont été nécessaires pour parvenir à la fameuse liste des 15 titres. Si aucun ajout n’est possible à cette liste, elle marque tout de même le point de départ des autres prix littéraires de la rentrée et aussi tous les Goncourt francophones ! Parmi eux, le prestigieux Goncourt des lycéens… La 2e sélection du Goncourt a été annoncée cette année à la foire de Francfort dont la France était l’invitée d’honneur. 8 titres ont été retenus. Il n’en restera que 4 le 30 octobre.

 *82 -> c’est le nombre de lycées participant au Goncourt des Lycéens. La Fnac envoie aux classes de 1re et de terminale de ces 82 lycées les 15 titres à partir desquels ils éliront leur favori. Jusqu’à présent, seuls deux ouvrages ont obtenu à la fois le prix Goncourt et le Goncourt des Lycéens : Erik Orsenna en 1988 et Andreï Makine en 1995.