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Virginie Hours & Julie Vasa

En salle à Genève: Bio de Carouge, Pathé Balexert de Genève

«Patients» réalisé par Medhi Idir et Grand Corps Malade, est directement inspiré du livre écrit par ce dernier sur son année passée dans un centre de rééducation suite à l’accident qui le laissa paralysé.

1, 2, 3… La grille qui protège ce néon blafard compte 245 alvéoles. « 245 », ce sont les premiers mots que Ben, allongé en salle de réanimation, articule après son réveil. C’est aussi avec cette image d’un  plafonnier d’hôpital que nous entrons dans la réalité quotidienne d’un corps paralysé.  Le jeune homme est totalement immobilisé sur ce lit, tétraplégique incomplet, après avoir plongé dans une piscine sans profondeur.  Accident bête, une vertèbre est venue se loger dans sa moëlle épinière et sa vie bascule.

Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, n’en finit pas de nous étonner ! On connaissait l’artiste: slameur, poète, homme de scène… Le voici cinéaste. Passé pour la première fois derrière la caméra avec Mehdi Idir, le réalisateur de tous ses clips, il raconte à travers le personnage de “Ben” l’année de rééducation qu’il a vécu suite à son accident en 1997.

Ce film est tiré d’un livre autobiographique du même nom, publié en 2012.  Fabien Marsaud avait alors décidé de raconter son expérience à la première personne. Le propos du long métrage est légèrement différent: il s’agit avant tout de parler du handicap et de faire comprendre ce combat mené par chaque patient pour réapprendre à vivre avec un corps qui n’obéit plus. Garder l’espoir pour essayer de retrouver des sensations, mais aussi apprendre à  « niquer les heures »… Patients, ils le deviennent donc durant ces journées qui s’étirent lentement entre les repas, les séances de rééducation, la télé allumée, les soins et l’attente du personnel qui, attentif, est néanmoins débordé et fait ce qu’il peut…

Très travaillé en amont, ce film a pu être réalisé en sept semaines sans difficultés majeures, si ce n’est le financement. Le handicap fait peur et aucune chaîne de télévision n’a voulu s’engager dans un projet qui a priori ne fait pas  “prime-time”C’est donc le producteur de l’artiste Grand Corps Malade, Jean-Rachid Kallouche, qui est intervenu pour le film Patients

L’enjeu est donc bien pédagogique et pour être percutant, le seul moyen était d’être crédible. Objectif atteint grâce d’abord à une brochette d’acteurs formidables. Ils ont été soigneusement sélectionnés par les réalisateurs qui au terme de quatre mois de casting, ont rencontré environ 400 candidats. La préparation des acteurs a été intense, dans le centre même de Coubert où Fabien Marsaud avait séjourné et où le film a été tourné. Au final, une formidable performance d’acteurs : tous inconnus jusqu’alors, gageons qu’ils ne le resteront pas longtemps, en particulier Pablo Pauly… qui incarne avec beaucoup de finesse et de justesse, Fabien Marsaud.

Et pourtant, le film ne tombe jamais dans le pathos. Il est rempli d’humour, d’humanité et d’espérance, sans mièvrerie car factuel. Le spectateur suit les différents protagonistes là où ils en sont et les accompagne dans ce qui devient essentiel pour leur reconstruction.  Ainsi ne pas marcher n’est pas le handicap le plus redouté,  c’est plutôt la perte de mobilité de la main qui retire toute autonomie.  «On n’est pas tous logé à la même enseigne» déclare Samia. Le film montre très bien que malgré la solidarité et l’amitié qui les unissent, il s’agit pour chacun de faire face à ses propres limites et à sa propre vie. Il  nous apprend également à travers les destins de Ben, Fred, Steeve, Samia et les autres, que pour être heureux, il faut savoir changer d’espoir.


Fabien Marsaud est né le 31 juillet 1977 au Blanc-Mesnil (France). Son parcours scolaire est plutôt classique mais passionné de sport, il s’oriente vers des études de professeur d’éducation sportive. En 1997, alors qu’il est animateur dans une colonie de vacances, il a un grave accident et se retrouve paralysé. Après une année de rééducation, il parvient à retrouver l’usage de ses jambes, reprend ses études, obtient un diplôme en management sportif et travaille plusieurs années avant de connaître le succès comme slameur.

En 2012, il publie un livre “Patients” dans lequel il raconte son expérience.

Pourquoi “Grand Corps Malade” ?

C’est en référence à ce handicap et à sa grande taille (1,94m) qu’il choisit ce nom de scène.


Medhi Idir

Ancien danseur hip-hop, passionné d’audiovisuel et autodidacte Mehdi Idir réalise ses premières vidéos dédiées à la culture urbaine en 2002. Après s’être perfectionné aux techniques de cadrage et de montage vidéo, il produit et réalise son premier documentaire en 2004 intitulé lépopée des premiers français champions du monde de danse hip hop, le groupe Wanted Posse.

Il réalise depuis 10 ans les clips vidéos de Grand Corps Malade.


Source : http://www.houlalaproduction.com

Quelques mots du générique de fin, seul titre slamé par Grand Corps Malade dans son film :

« Y’avait sûrement plusieurs options et finalement on a opté.

Pour accepter cette position, trouver un espoir adapté.

Alors on va lever les yeux quand nos regrets prendront la fuite.

On s’fixera des objectifs à mobilité réduite.

Là bas au bout des couloirs il y aura d’la lumière à capter.

On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté ».


Pour aller plus loin…

Patients (Éditions Don Quichotte, 2012), un récit qui fait immanquablement penser à Palladium de Boris Razon (Stock, 2013). Dans ce livre,   l’auteur expliquait particulièrement bien ce sentiment d’enferment à l’intérieur de soi-même, lui qui s’était aussi retrouvé paralysé quasiment du jour au lendemain, placé sous respirateur artificiel et qui a cependant conservé un état de conscience dont il livre les méandres dans ce roman.

Autre référence littéraire, Mathias Malzieu, chanteur emblématique du groupe de rock Dionysos et qui tout récemment, dans le Journal d’un vampire en pyjama (Albin Michel, 2016), a raconté son expérience aux limites de la mort. Là aussi, humour et poésie se sont révélés salvateurs (lire sur bythelake  journal d’un vampire en pyjama)