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Info pour ceux qui ne seraient pas encore au courant: c’est bientôt Noël, ce jour incroyable que les tout petits attendent avec ferveur. Voici de jolis livres à déposer au pied du sapin. Nous avons rencontré Madeleine Brunelet, leur auteur illustrateur, afin de percer son mystère: comment a-t-elle réussi à devenir qui elle est en réalisant justement son rêve d’enfant…?

Madeleine Brunelet : J’ai toujours aimé le dessin plus que tout quand j’étais gamine, c’était une évidence pour moi, je n’ai jamais eu envie d’être vétérinaire ou je ne sais quoi, j’ai passé mon enfance au milieu de tonnes de crayons, de papier. Elevée dans une famille où le bricolage était roi, toujours dans le collage, le coloriage, la peinture et le dessin!

BTL : Comment de cette envie, de ce rêve d’enfant, on fait son métier?Couv MB

MB : Cela n’a pas été un plaisir pour mon père qui pensait que ce n’était pas un métier où on gagne sa vie, pas un métier tout court. Il m’a donc fortement conseillée de passer le concours  des Postes, ce que je n’ai pas fait, néanmoins il a accepté que je fasse des études de dessin, que j’ai suivies à l’Académie Charpentier à Paris. L’idée n’était pas d’être artiste, ce qui a été rassurant pour la famille, l’idée était de travailler en agence de publicité, à la création, à l’image. On avait des cours d’illustration où j’ai fait part de mes envies au prof qui m’a dit que vraiment ça, ce n’était pas envisageable une seconde, que jamais je ne pourrai être illustratrice…

BTL : Selon quels critères? 

MB :  Je ne sais pas, il devait trouver que j’étais vraiment trop nulle ! Donc c’est resté dans l’oeuf à ce moment-là. Mais j’ai quand même dessiné dans mon boulot, j’ai travaillé en agence de pub quelques années, stage puis job chez Roumagnac, directrice artistique junior en quelques années. A l’époque les techniques actuelles n’existaient pas, tout se faisait en rough, esquisse au feutre, de ce que devait être l’affiche, les pages presse, etc… On dessinait aussi les « story board » des films de pub.

Ensuite, j’ai eu mon premier enfant et j’ai bossé en free lance pour des agences de publicité en tant que « roughman »,  j’ai fait pas mal de story board, travail de nuit, parce que toujours en urgence, appelée à 17h pour un travail qui devait être rendu le lendemain 9h. Horaires qui marchent très bien avec un bébé quand on n’en a qu’un et où l’on gagne très bien sa vie! J’ai aussi créé des motifs pour une marque de vêtements… Bon an mal an  j’ai fait quelques dessins, j’ai toqué aux portes et ma première parution était l’illustration d’une petite comptine, double page chez Milan presse dans un magazine.L'ecole j'irai pas N’ayant pas beaucoup de clients, je me suis dit il faut que je trouve une idée, que j’écrive et c’est là que j’ai créé ma première collection  « La Maternelle » pour laquelle j’étais donc auteur-illustrateur. L’idée était d’avoir un support pour raconter l’école aux enfants, pouvoir échanger avec eux à ce sujet. Je l’ai envoyé à quelques éditeurs et ça devait être une bonne idée parce qu’ils ont tous dit oui. Comme Actes Sud démarrait, que c’était une jolie maison, j’ai travaillé avec eux. C’est là que j’ai vraiment commencé à être illustratrice.  J’ai ensuite fait plein de bouquins très chouettes avec eux sur toutes sortes de thèmes concernant les enfants.

BTL: Tout votre univers d’illustratrice est axé sur la petite enfance, qu’est-ce qui vous motive à dessiner et écrire pour cette tranche d’âge?

MB: Ce qui m’amuse c’est d’être face à des gamins qui peuvent croire en n’importe quelle histoire ! La maternelle est vraiment mon public. La collection sur laquelle je travaille actuellement, « Les Ptimounes » pour les éditions du Père Castor, permet d’entrer dans un univers un peu onirique où la fantaisie a libre court, où les petits peuvent s’imaginer à une échelle différente, c’est extraordinaire. Ils sont encore totalement ouverts, c’est un public super rigolo, prêt à toutes les aventures.

BTL: Alors justement, comment « Les Ptimounes » sont arrivés jusque dans votre joli atelier?Chacun fait son nid

MB: Une chance de folie, je suis appelée par Flammarion: « Est-ce que tu pourrais nous faire un personnage, tu as carte blanche, on te donne la tranche d’âge, ça va te susciter des idées d’histoires ou pas, on verra, soit on fera appel à un auteur soit tu auras envie d’écrire ». Cadeau de la vie!

Mon réflexe a été de replonger dans mon enfance: qu’est-ce que j’ai aimé quand j’étais petite? Bien évidemment les histoires nordiques puisque je suis d’origine scandinave, toutes celles d’Elsa Beskow, dans lesquelles les enfants deviennent tout petits petits et peuvent explorer la nature dans un format différent et avoir donc une vision complètement nouvelle, ça m’avait fascinée. Et voilà, j’ai recréé ce monde du minuscule!

Bobo l'escargotJe suis partie un peu automatiquement sur un univers assez conventionnel avec papa, maman, bébé, grand frère, dans une maison bien carrée. Mais ça ne me convenait pas vraiment. Je n’avais pas envie d’histoire quotidiennes que j’avais déjà souvent illustrées. Après de nombreux et enrichissants échanges avec l’éditeur, j’ai laissé tomber l’idée de famille au sens propre. Les Ptimounes sont une sorte de fratrie, est-elle réelle? Peut-être sont-ils une petite bande d’amis? Ont-ils des parents? Mystère! Ils jouent c’est tout. Leur maison est un cocon et leur jardin, un petit bois, ils vivent dans l’imaginaire  où tout peut arriver! Dans ce petit groupe de personnages, chacun peut prendre le rôle du parent à tour de rôle, selon sa compétence. Ils ont chacun leur caractère, ils peuvent se disputer mais au fond ils sont solidaires, ils s’entraident. C’est à la fois la découverte de la nature, les bestioles, les feuilles… et la solidarité. Ils jouent à camper, il leur arrive plein d’aventures. Alors évidemment quand ils se prennent une goutte d’eau sur la tête ils sont complètement trempés parce que vu le format, c’est comme un tsunami, je trouve amusant de jouer avec ça. Se retrouver à la même hauteur qu’un escargot, c’est rigolo. Et monter sur une souris pour faire la course, c’est marrant!

BTL : Pour les parents qui lisent c’est aussi retrouver leur esprit d’enfant…Le monstre du bois

MB : Oui ce sont vraiment des albums à découvrir avec les parents et l’idée de se perdre dans le décor, de vivre dans ces histoires avec eux et de pouvoir s’imaginer que l’on peut se cacher sous une feuille ou sous un champignon. Revisiter l’enfance avec une fraicheur d’esprit, retrouver son regard et son coeur d’enfant. Un grand frère ou une grande soeur peut prendre plaisir aussi à les relire aux plus petits de la famille. Quatre titres sont déjà publiés et deux sont à venir en mars 2016.

BTL : Comment garder l’émerveillement dans ce métier après votre participation à la création de près d’une centaine d’albums en tant qu’illustrateur ou auteur illustrateur?

M.B :  J’ai fait évoluer ma technique, pour plein de raisons, parce que ça change très vite, parce qu’il y a des modes. Je travaillais au pastel sur papier recyclé, c’est passé de mode et puis je cherche, toujours, je me renouvelle, il faut que je m’amuse. Je ne me suis pas toujours trouvée dans les différentes techniques que j’ai approchées, que ce soient l’acrylique ou la gouache, j’ai fait des choses que je trouve moins bien. J’ai eu moins de boulot. Une chance finalement, cela m’a permis d’avoir le temps de suivre des cours d’initiation Photoshop où j’ai appris la base. Puis par des petits boulots simples, j’ai pu m’entraîner, m’améliorer et je pense avoir reconquis un univers, retrouvé une certaine fraicheur. Cela fait 4/5 ans que je travaille de cette façon et je pense déjà à ce que je vais changer. J’ai commencé par dessiner sur papier, les scanner, mettre en couleur en numérique. Le temps passant, j’ai fait mes dessins directement en numérique, et puis c’est tellement facile, quand on maitrise, que c’est devenu une technique que je finis presque par appliquer à la chaine et je me lasse. Le risque est de devenir moins créative. Un posson à la maisonJ’envisage de me libérer de mes cernés. Jusqu’à présent j’ai toujours eu un trait au crayon autour de mes dessins qu’ensuite je coloriais. Mais ce trait m’enferme dans une structure rigide qui fait que quand je dessine je crée et quand je mets en couleurs je ne crée plus puisque je remplis une forme. J’ai envie de crayonnés qui seront beaucoup moins précis de façon à pouvoir, quand je mets la couleur, peindre et non colorier. Comme le dessin est appelé à disparaître, je le recrée à la couleur, je ne remplis pas le trait, peu importe si je dépasse ou pas, je redessine, ça va redonner de la vigueur et de la vie à mon travail, en tous cas, je m’amuserai plus. Le but c’est de se faire plaisir et de toujours évoluer, d’apprendre, se remettre en question, toujours. C’est aussi comme ça que l’on garde son regard d’enfant.

BTL : Qu’est-ce que vous aimeriez transmettre à travers vos livres ?

M.B : Je ne transmets rien de tangible, quand je vois les événements, ce qui se passe en France et dans le monde, je me dis mon Dieu ma pauvre Madeleine, tu fais tes petits textes et tes petits dessins pour les enfants, il faut écrire quelque chose de fondateur, travailler des sujets importants,  mais on n’est pas tous capables de transmettre un message formidable. Ce dont je suis capable, c’est de donner une chance aux enfants de devenir des lecteurs, des adultes responsables qui font des choix, prennent le temps. C’est une petite marche et si je peux être cette petite marche-là, déjà j’en suis heureuse parce qu’ensuite c’est le tremplin vers le goût de la lecture qui est juste dément: cela donne accès à d’autres univers, à la culture, à l’ouverture d’esprit, c’est un autre regard sur le monde, cela permet d’apprendre, de rêver. On demande tout le temps quel livre tu emmènerais sur une ile déserte, c’est bien parce que c’est essentiel!

Pour retrouver l’univers de Madeleine Brunelet: http://madeleinebrunelet.ultra-book.com

Dans toutes les librairies et sur amazon.

Véronique Baligan-Bertrand, décembre 2015