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Julie Vasa – septembre 2017

Parce qu’inéluctablement l’histoire se répète, parce que l’oubli se fait toujours plus menaçant, il faut lire ce magnifique premier roman de Sébastien Spitzer.

Son livre, extrêmement bien documenté, nous plonge sur les routes d’Europe et à Berlin, à la fin de la seconde guerre mondiale. La défaite des allemands est toute proche mais pour autant, le calvaire des survivants des camps est loin d’être terminé. Des camps qu’il faut évacuer, nettoyer. Ne pas laisser de traces. Aussi, ceux qui restent encore, les rescapés de mois de torture et de privations plus abominables les unes que les autres, sont déplacés, terrifiés pour avancer, certains jusqu’à une grange. Incendiée.

« Les rêves s’effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous crochent, nous happent, sans prévenir ».

Ces rêves piétinés, ce sont ceux d’Aimé, de Judah, de Fela et de tant d’autres, qui ont espéré jusqu’au bout, qui ont tenu grâce à la perspective de la fin du cauchemar et à la promesse d’une vie meilleure. Mais c’est avant tout le rêve d’un père, qui a aimé sa fille plus que tout, en vain. Cette fille n’est pas n’importe laquelle : elle s’appelait Magda. Première dame du IIIe Reich, Sébastien Spitzer nous la fait découvrir sous un jour nouveau, celle d’une femme déchue, vivant ses dernières heures dans le fameux bunker qui a abrité Hitler et ses proches jusqu’à leur disparition. Après un premier mariage dont est issu son fils adoré Harald, elle épousa le bras droit d’  « oncle Adolf », le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels. Alors que les russes étaient dans Berlin, bombardée sans relâche, Magda vécut cette fin de guerre, entourée de ses six enfants, recluse dans cette prison et emportant avec elle ses secrets. Parmi eux, un père, Richard Friedländer, l’un des premiers juifs raflé et déporté qu’elle aura laisser mourir à petit feu à Buchenwald. De leur relation, il ne reste presque rien, juste quelques lettres, celles de Richard à Magda, qu’une petite fille aura conservées dans un rouleau de cuir, à travers les épreuves, comme les derniers témoins d’un amour absolu à sens unique. Bien pire que les rêves évaporés, il y a l’oubli. Ce néant qu’incarne si bien Magda et que seule l’histoire, les écrits peuvent vaincre. Alors, pour ne pas oublier, pour ce père délaissé, pour Ava, il faut lire ce formidable roman !

(Ces rêves qu’on piétine, de Sébastien Spitzer, Éditions de l’Observatoire, Août 2017)

Photo: Pierre Villard

Ce roman a déjà été récompensé par le prix de la rentrée de La Forêt des livres et par le Prix Stanislas qui couronne l’auteur du meilleur premier roman de la rentrée littéraire. Il vient aussi de recevoir le prix des talents Cultura. Il fait enfin partie des cinq finalistes du prix du roman FNAC, qui sera révélé le 14 septembre prochain.


 À propos de l’Auteur

Sébastien Spitzer historien de formation, est journaliste et écrivain. Il a réalisé plusieurs enquêtes sur le Moyen-Orient, l’Afrique et les Etats-Unis et est l’auteur de « Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran » en 2006 (éditions Privé) et de « Raisons d’Etat, contre-enquête sur le juge Bruguière » (éditions Privé, 2007).