Pascale Rousseau – Octobre 2020

A l’heure où l’on conseille aux femmes de rallonger leur jupe, Annick Cojean, grand reporter, nous livre la dernière interview ô combien poignante de Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet dernier. Vous y trouverez un véritable message d’espoir que nous envoie la célèbre avocate tout en nous faisant part de ses craintes pour un futur proche.

Comédienne, Pascale a deux passions : la lecture et la scène.  Elle arpente pour son plus grand plaisir tous les théâtres de Genève et ses environs, toujours prête à partager avec vous ses coups de coeur littéraires.

Quelle histoire!

Déjà enfant, elle fait une grève de la faim au sein de sa famille car elle ne veut plus servir son père et ses frères sous le regard glacé et sans amour de sa mère. Elle obtient gain de cause, c’est sa première victoire.

Une avocate est née…
Dans ce livre, elle revient sur les célèbres procès qui l’ont rendue célèbre.

Elle défend le premier cas de viol pendant la guerre d’Algérie avec le cas de Djamila Boupacha, nationaliste algérienne, en 1960. Puis en 1972, elle obtient la relaxe de Marie-Claire Chevalier, accusée d’avoir avorté après avoir été violée. Ce procès est l’acte-déclencheur de la loi Veil sur l’IVG de 1974. En 1978, elle soutient Anne Tonglet et Araceli Castellano, victimes d’un viol collectif. Ce procès contribue à la loi de 1980 reconnaissant le viol comme un crime. (Un téléfilm belge, Le Viol, co-écrit et réalisé par Alain Tasma, diffusé 2017 sur RTS1 en relate les faits. Le rôle de Gisèle Halimi est interprété par Clotilde Courau. )

En 1971, elle fonde avec  Simone de Beauvoir l’association “Choisir-la Cause des femmes”, peu après la publication du « manifeste des 343″ que signent Catherine Arditi, Stéphane Audran, Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Françoise Fabian, Delphine Seyrig…

343 femmes qui tiennent farouchement à leur liberté…

A mon humble avis…

Annick Cojean conduit d’une main de maître cette interview avec ce monstre sacré de la justice et de l’engagement auprès des opprimés.
Elle a su faire parler la femme publique, mais aussi la femme révoltée, la femme-épouse, la femme-mère…

Pour ma part, j’ai ressenti une émotion intense à la lecture de ce livre. Tant de femmes bafouées, humiliées, violées. Nous avons toutes dans notre entourage une femme, une soeur, une fille, une amie qui aurait eu besoin d’une Gisèle Halimi pour la défendre. Révoltée, nous l’avons toutes été au moins une fois  dans notre vie et révoltée vous le serez en lisant ce livre car finalement Gisèle Halimi n’a jamais rien  demandé de plus que justice et liberté, respect et humanité. Justice et liberté dont elle a été l’une des plus puissantes voix pendant des décennies.

Ce livre est avant tout un testament, un message d’espoir pour toutes les femmes d’aujourd’hui. N’oublions pas que Gisèle Halimi  a consacré sa vie à la cause des femmes et qu’elle a fait avancer l’histoire des femmes, “notre histoire” à grand pas.

Sachez qu’une pétition a été lancée pour que Maître Halimi entre au Panthéon, la cinquième femme pour soixante-treize hommes. Ayons toutes ensemble le courage, l’audace et la générosité qui la caractérisaient de l’accompagner  jusqu’à cet emblématique édifice.

Ne l’a-t-elle pas mérité?

Qui est Annick Cojean?

Après avoir fait ses études à Sciences-Po, elle entre au journal Le Monde et devient grand reporter.

Elle reçoit le prix Albert Londres en 1996 pour son reportage “La mémoire de la Shoah”.
En 2012, elle publie “Les proies dans le harem de Kadhafi” et en 2018 “Je ne serais pas arrivée là si …30 femmes racontent”.

Au quotidien, Annick Cojean essaie de rééquilibrer la balance jusque-là majoritairement en faveur des hommes. Elle oeuvre en faveur de la cause des femmes auxquelles elle donne souvent la parole.