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« De la Comédie Française » sur grand écran, le classique dans tous ses états ! Interview du réalisateur Martin Darondeau

Virginie Hours – Juillet 2026

L’histoire :

Nina (Pauline Clément) est sous pression. Sociétaire de la comédie française, elle a obtenu de monter la pièce « Macbeth » de Shakespeare et la première a lieu dans 3 heures. Mais rien ne se présente comme prévu entre retard de train, problèmes d’ego et soucis techniques. Le problème ? A la Comédie Française, on n’annule jamais…

« De la Comédie Française » de Martin Darondeau et Bertrand Usclat

Avec Pauline Clément, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne

Date de sortie : 22 juillet 2026

Bienvenue dans une institution vénérable

La Comédie Française ou Théâtre-français ou Le français est une institution méconnue… de l’intérieur. L’intérêt premier de cette comédie est donc de nous en ouvrir les portes et les secrets. Pour cela, les réalisateurs Martin Darondeau et Bertrand Usclat ont profité de l’expérience de la scénariste et comédienne Pauline Clément, elle-même sociétaire depuis plus de 10 ans, mais aussi des témoignages et interviews accumulés lorsqu’ils espéraient encore réaliser une série en format court.

Ils mettent ainsi à l’honneur tous ceux qui « font » aussi la Comédie Française mais dont on parle peu et mêlent gaillardement les ouvreurs, gardiens, habilleuses, responsable de la technique avec les anciens et les nouveaux sociétaires. Les rivalités et les coups bas fusent mais la passion transparait, notamment avec le rôle de Christian Hecq, le régisseur un peu trop technique et pédagogue.

Autorisés à tourner dans les murs pendant 5 jours, les deux compères ont terminé l’écriture du scénario en 2 mois et le tournage en 3 semaines. Ce sentiment d’urgence transparait dans tout le film nappé de vivacité et d’enthousiasme. Les situations sont plus ou moins cocasses, plus ou moins prévisibles mais elles n’entachent pas le sentiment de bonne humeur et d’entrain qui s’en dégage.

Soucis d’ego.

Le titre du film le rappelle bien. Le titre de « sociétaire de la comédie française » vaut celui de chevalier de la légion d’honneur et dans les génériques de film, ce titre est toujours bien précisé… Pourtant, la Comédie Française et ses acteurs valent mieux que cette image empesée. Pour ce faire, Martin Darondeau et Bertrand Usclat se sont entourés d’une magnifique équipe composée à la fois de pensionnaires et de sociétaires (ceux qui ont au moins un an d’engagement), de toutes les générations, prêts à se moquer volontiers d’eux-mêmes, à commencer par Laurent Stocker et Marina Hands, en passant par Guillaume Gallienne, Danièle Lebrun, Julien Frison, Sefa Yeboah, Christian Hecq, Sephora Pondi, Florence Viala, Benjamin Lavernhe, etc. Le petit jeu pendant le film est également de savoir les reconnaître !

Avec justesse, les réalisateurs glissent aussi un peu de mélancolie et d’hommage aux gloires passés, notamment avec le personnage de Danièle Lebrun qui rappelle que la Comédie Française sait aussi être moderne et rock’n’roll ou la séquence du couloir dont les murs sont ornés de bustes émérites.

Le film est porté vaillamment par Pauline Clément dont le personnage de Nina, bien trop gentil et arrangeant, apprend à se rebeller pour parvenir à ses fins et sauver l’honneur de la grande maison… et le sien   Même si elle a préféré monter une pièce de Shakespeare, l’héritière de Molière, c’est bien elle !

Le film a été récompensé par quatre prix au Festival International du film de comédie de l’Alpe d’Huez dont le prix spécial du jury et le prix du public.

Martin Darondeau, rencontré à l’occasion de l’avant-première du film au cinéma Le Scala.

Formation

  • 2008
    • Formation Acting International Paris |
  • 2003-2006
    • Formation au Cours Simon |
  • 2012
    • Diplômé de l’Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA Paris) | Section Réalisation

Actualité

Il présente son nouveau spectacle « Le goût de la framboise » au Théâtre des Béliers Parisiens du 29 août au 31 octobre 2026

Interview du réalisateur Martin Darondeau

Vous avez commencé votre carrière comme comédien avant de vous lancer dans l’écriture et la réalisation. Pourquoi passer ainsi de l’acting à la réalisation ?

J’avais envie de créer et pas seulement d’être interprète et dans l’attente de propositions extérieures.  Donc très jeune vers 21-22 ans, j’ai fait ma première mise en scène jouée à Avignon deux années de suite avec mes potes, puis j’ai continué à écrire des courts-métrages, de la série, etc. J’ai donc beaucoup travaillé sous des formats différents comme le format télévision avec Canal +, du théâtre avec le Théâtre des Béliers à Avignon, du court-métrage…

Quel est le challenge de passer de la télévision au cinéma ?

Toutes les expériences se nourrissent, ce sont juste des règles différentes.  Par exemple en faisant de la quotidienne sur Canal + avec JT Pressé, il s’agissait d’exploiter l’actualité mais une actualité qu’on ne maîtrisait pas et qui s’imposait à nous ; tout dépendait de notre regard et de la manière dont nous voulions la traiter en étant le plus drôle possible. Quand on fait un film, on a plus de temps pour raconter une histoire, construire une intrigue.

L’écriture avec Bertrand Usclat et l’aide de Pauline Clément et Clémence Dargent a été facile. On s’entend bien et on avait envie de raconter le même film. On est complémentaire, on aime se faire rire, on a des références communes, les mêmes goûts. Les Monty Python, Bacri-Jaoui, Nakache, don Toberman en stand up et on s’en inspire beaucoup notamment dans le spectacle qu’on a écrit « Drôle ».

Quel est votre rapport avec la Comédie Française ?

J’avais l’image d’une maison très classique, d’excellence, dans la conservation du répertoire. Mais quand on pousse la porte de cet univers, on découvre qu’au-delà de cet aspect, il y a du rock’n’roll, du moderne, avec des comédiens qui aiment rire, emplis d’auto-dérision, qui ont leur problème du quotidien et qui entre deux scènes d’un Tchekhov peuvent aller regarder le score d’un match de football ou gérer leur planning de garde de gamins…

Bertrand connait Pauline depuis leurs années de conservatoire. Elle est à la Comédie Française depuis 10 ans. Comme l’esprit de la maison est d’encourager toute idée nouvelle, nous avons d’abord pensé à réaliser une série sur la Comédie Française. Au bout d’un an de travail sans aboutir, nos producteurs nous ont suggéré de transformer l’idée du court en long métrage.

L’objectif de Bertrand et moi est de tordre un univers et de le transformer en quelque chose de drôle. En jouant des clichés de la Comédie Française, nous n’avions pas comme but de dépoussiérer son image, ni d’en faire une publicité ou un film institutionnel mais d’en rire. Si la conséquence de ce film est de donner aux gens une image plus moderne de la Comédie Française, tant mieux.  Mais ce n’est pas l’objectif premier.

Pauline était votre œil de Moscou…

Oui et d’autres car lorsque nous avions le projet de la série, nous avons interviewé de nombreux sociétaires afin de nous nourrir des anecdotes, de leurs histoires, de leurs parcours… Nous avions donc déjà de la matière et de belles découvertes.

Je me souviens du parcours de Jean Chevalier originaire de Troie et dont les parents sont éloignés du milieu puisqu’ils travaillent dans un cabaret, de Julien Frison qui vient aussi d’un milieu assez populaire, de Laurent Stocker qui a joué le jour de la mort de sa mère, comment Florence Viala a manqué mourir sur scène lorsque la chaise sur laquelle elle était assise a été soulevée de terre et a failli basculer et la faire chuter. Quand on est dans le public, on ne se rend pas compte de toutes ces anecdotes.

La Comédie Française sait se réinventer, se moderniser. Elle n’est pas ringarde ni élitiste. Il y en a pour tout le monde. Éric Ruf a fait deux mandats comme administrateur général, il y a beaucoup de metteuses en scène et le studio-théâtre est ouvert aux pièces qui ne sont pas du répertoire. Cette année, Sephora Pondi a monté une pièce « Bestioles » de l’auteur australien Lachlan Philpott, Clémence Meyer et Sébastien Pouderoux ont présenté une pièce sur John Cassavette et Gena Rowland intitulé « Contre ». Chacun peut présenter ses projets.

Le personnage de Pauline, comédienne qui se lance dans la mise en scène n’est donc pas unique.

En tant que sociétaire de la Comédie Française, chacun peut présenter un projet et le soumettre au comité de l’académie française composée d’une dizaine de sociétaires élus chaque année qui acceptent ou pas. On a aussi voulu mettre en avant ces cas d’acteurs qui osent passer à la mise en scène, qui se lancent.

Le trac est un fil conducteur intéressant…

Ce qui est génial avec une première, c’est qu’il y a un compte-à-rebours. Il y a un stress permanent, il faut absolument jouer… Le trac est très représentatif de ce qu’on peut vivre ce soir-là avant la représentation. Mon truc contre le trac en tant que comédien, c’est déjà de l’accepter, se détendre. Il n’est pas possible de l’effacer, il est là. Il ne faut pas que le trac paralyse. Certains écoutent de la musique, d’autres déconnent. Généralement, le trac s’évapore quand on entre sur scène.

Je suis très superstitieux de manière général. J’aime beaucoup avoir des rituels. Quand je joue ou que je mets en scène, j’aime faire les mêmes choses au même moment. En revanche, on peut me donner un costume vert, je m’en fiche…

Les acteurs de théâtre et de cinéma ne jouent pas de la même manière. Qu’est ce qui fait leur différence ?

Les acteurs de théâtre sont des gros bosseurs car ils se mettent en danger tous les soirs. Ils répètent énormément, mémorisent des textes d’1 heure. Il y a des règles, des codes au théâtre qu’il est important d’avoir. Le jeu d’acteur au cinéma est plus facile. Le casting sauvage est impossible au théâtre alors qu’il est faisable au cinéma. De plus à la Comédie Française, ils n’ont pas peur d’essayer, de donner, d’être généreux, d’arriver à l’heure… Cette attitude aide à avancer. Il est très facile de bosser avec eux.

Parmi tous les comédiens et comédiennes, et pas forcément de la comédie, quels sont ceux et celles qui vous ont le plus marqué.

Sans douter, Jean-Pierre Bacri. Au-delà du jeu mais aussi dans l’humour, j’ai compris beaucoup de chose. C’est un mec qui a une manière particulière de jouer, de délivrer des vannes, d’être très distant, très second degré, avec cynisme… Je l’ai découvert dans des films aussi simples que « Didier » qui est un bijou de comédie. Le texte d’Alain Chabat avec la performance de Bacri est parfait. Bacri est un maître, y compris dans l’écriture. J’aime la puissance du jeu et l’amour qu’il met dans des personnages qui sont de prime abord plutôt antipathiques. J’aime la manière dont Bacri avec Jaoui mettent en lumière les contradictions, par exemple dans « Le goût des autres ». Dans ce film, rien n’est cliché, les personnages sont plus complexes qu’ils en ont l’air à première vue. Le personnage que joue Bacri, un peu Jourdain qui ne comprend rien à l’art, finit par se laisser gagner par l’amour d’un tableau alors que la comédienne jouée par Anna Alvaro pense qu’il achète l’œuvre uniquement pour lui plaire. Bacri nous brosse ainsi des portraits de personnages nuancés, ce qui est pertinent dans notre monde actuel qui est de plus en plus polarisé.

La comédie peut mettre en valeur la nuance. Je pense qu’on peut avoir des personnages nuancés à l’image de Jacques le régisseur dans le film. Il aurait pu être présenté comme un misogyne alors que c’est un homme passionné par son métier. Le personnage de Laurent Stocker semble insupportable alors qu’une fois déstabilisé, il s’enflamme pour les idées nouvelles de Nina.

Pourquoi avoir choisi « Macbeth » de Shakespeare ?

On ne voulait pas prendre de comédie car on risquait de rajouter de la comédie à de la comédie et d’alourdir l’histoire. En choisissant une tragédie, on pouvait jouer sur un décalage. C’est beaucoup plus fort de voir Nina en robe shakespearienne dire « tu me casses les couilles » qu’en robe de Martine dans « Le malade imaginaire ». Par ailleurs, la pièce « Macbeth » est surnommée la pièce maudite car elle est réputée attirer les catastrophes… idéal dans une comédie qui cumule les catastrophes. Ensuite, on fait intervenir Molière à la fin afin de désacraliser le tout ! On trouvait beau de le rendre quotidien, de le rendre jaloux de Shakespeare.

Vous parlez beaucoup d’Avignon dont le Festival de théâtre se déroule en juillet. Quel rapport particulier avez-vous avec la ville ?

J’y ai commencé mes premières expériences. J’ai été stagiaire au Théâtre des Béliers il y a 18 ans et j’ai appris mon métier de metteur en scène en regardant par les trous de souris dans les salles comment les metteurs en scène travaillaient, faisaient répéter et élaboraient leur mise en scène. Cette année, j’ai deux spectacles à Avignon, « Drôle » de Bertrand, et « Le goût de la framboise » qui se jouera ensuite à Paris à partir du 29 août. Un chouette clin d’œil.

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