Virginie Hours – avril 2021

A l’occasion de la réouverture des cinémas, Bythelake propose trois raisons de retourner dans les salles obscures : le film « Master Cheng » rappelle combien la bonne cuisine rend heureux, le documentaire « Petites danseuses » nous transporte dans un monde de passionnées, et « Volevo nascondermi » permet de re-découvrir le peintre italien Antonio Ligabue.

En respectant les règles : garder les distances, suivre les marquages et conserver un masque pendant la durée de la projection.

“Master Cheng” de Mika Kaurismäki

Avec Pak Hon Chu, Lucas Hsuan et Vesa-Matti Loiri

“Master Cheng”, bien manger rend heureux 

A la mort de sa femme, le chef cuisinier Cheng décide de quitter Shanghaï avec son jeune fils et de partir dans un village reculé de Finlande retrouver un de ses anciens amis. Mais rien ne se passe comme prévu et pour survivre, il se fait engager par Sirkka, la propriétaire d’un café en faillite. Tout d’abord hostiles, les habitants vont peu à peu se laisser amadouer notamment grâce à la qualité de sa cuisine…

Avec des films comme « Le festin de Babette » ou« La saveur des ramens », le cinéma nous charme régulièrement avec de belles histoires qui se déroulent autour des fourneaux et dans les odeurs de cuisine. « Master Cheng » ne déroge pas à la règle et le réalisateur finlandais Mika Kaurismäki nous offre une belle parenthèse dans cette période troublée. On s’attache aux personnages (délicieuse Vesa-Matti Loiri), y compris les figures secondaires comme celles des deux vieux bourrus. Certes, l’histoire est sans réelle surprise mais le film est une ode à la solidarité et au « vivre ensemble » très efficace. Et les magnifiques images de la Finlande en été font le reste…

“Petites danseuses”, d’Anne-Claire Dolivet

“Petites danseuses”, un peu plus près des étoiles

Si vous avez rêvé devant les entrechats des danseuses étoiles et vous êtes entraînées dans votre chambre quand vous aviez 10 ans, ce documentaire est fait pour vous. La réalisatrice Anne-Claire Dolivet a choisi de suivre quatre petites filles de 6 à 12 ans, Olympe, Marie, Ida et Jeanne, qui sont tentées par la carrière. Et qui, avec le soutien plus ou moins visible de leur maman, étudient sans relâche…

C’est le premier intérêt de ce documentaire : montrer combien cette vocation nécessite de travail, de douleur, de répétition incessante dès le plus jeune âge. “Le travail, c’est un tout” répète l’enseignante. L’autre intérêt  réside dans la relation particulière qui se noue entre ces petites danseuses et leur professeur, Muriel. Tel Janus, celle-ci est à la fois empathique et rude, consolatrice et exigeante… Elle sait où elle veut les mener et ne tergiverse pas, sans langue de bois. Un beau portrait d’une pédagogue pour qui le succès de ses élèves est le plus beau des cadeaux.

Malgré quelques longueurs, un documentaire attachant.

“Volevo nascondermi” de Giorgio Diritti

Avec Elio Germano, Pietro Traldi, et Paola Lavini

“Volevo nascondermi”, le maître italien du courant naïf

Tout au long du XIXème siècle et au début du XXème, des peintres issus de milieu modeste et populaire révolutionnent les règles de l’art académique. Dits « naïfs », ils sont autodidactes et ont appris à peindre par leurs propres moyens, cultivant un regard très personnel sur le monde qui les entoure. En France, ils s’appellent Douanier Rousseau ou Séraphine de Senlis, en Italie Antonio Ligabue.

Souffrant de troubles psychiatriques, cet italien né en Suisse, se fait expulser de son pays d’origine et échoue dans la région d’Emilie-Romagne. La peinture lui sert alors d’exutoire et il est reconnu comme un maître de cette expression. « Tout en respectant ce que l’on sait de la vie de Ligabue, j’ai cherché́ à faire un film qui ne soit pas purement biographique, mais qui soit émotionnel. J’ai cherché́ à raconter ses émotions, comment il a vécu son isolement, ses difficultés, ses rêves, et même ses amours fantasmés » avertit le réalisateur Giorgio Diritti. Le film est une très belle opportunité de re-découvrir cet artiste même si le parti pris du réalisateur laisse certains aspects dans l’ombre, comme les relations d’Antonio Ligabue avec le sculpteur Marino Mazzacurati qui lui enseigne des techniques de peinture et lui organise ses premières expositions.

Une grande œuvre avec une photographie magnifique et un extraordinaire Elio Germano qui a été justement récompensé du prix du meilleur acteur à la Berlinale de 2020.