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FIFDH : 9 au 18 mars 2018

Le festival se déroulera dans 60 lieux, à travers toute la Suisse romande.

Programme et billets : www.fifdh.org

Du 9 au 18 mars 2018 se tiendra le Festival du film et forum international des droits humains à Genève. Sa pétillante directrice, Isabelle Gattiker, nous entraîne dans ses coulisses… Action !

Julie Vasa : En quelques mots, comment définissez-vous le festival que vous dirigez ?

Isabelle Gattiker : C’est un festival engagé, qui donne la parole à des personnes qui n’en bénéficient pas forcément. Il montre le monde comme on ne l’a jamais vu et se veut rassembleur : sortir de l’entre-soi, encourager des rencontres, partager des choses autrement que sur les réseaux sociaux. Débattre de vive voix, c’est important.

J.V. : Le Festival se compose de projections et de débats. Comment tout cela s’équilibre-t-il ?

I.G. : Nous commençons par projeter chaque soir un film, suivi de débats contradictoires où peuvent s’exprimer des points de vue différents sur une même question. Les débats sont ouverts, surprenants, imprévisibles ! Je pense par exemple à celui qui portera cette année sur le revenu universel, ou encore celui sur la possibilité de donner un permis de travail aux personnes migrantes… Le public est toujours invité à prendre la parole. D’ailleurs, les débats étant diffusés gratuitement et en direct sur Internet, toute personne, partout dans le monde, pourra intervenir pendant le débat et poser des questions via twitter, avec le hashtag #FIFDH18…. Parallèlement à ces soirées de débats, deux compétitions prennent place pendant le festival – fictions et documentaires – avec, là aussi, des films extrêmement forts, parmi les meilleurs de l’année. À force de vivre chacun pour soi, on oublie parfois les autres. Les artistes ont précisément pour rôle de nous alerter et créer de l’émotion, de l’empathie, en suscitant l’envie de se mettre à la place de l’autre.

J.V. : En quoi le cinéma peut-il faire avancer les droits de l’homme selon vous ?

I.G. : Le cinéma permet d’abord de nous rassembler autour d’une histoire. Rien de plus important que de vibrer ensemble autour d’une même intrigue et d’émotions universelles : c’est aussi vieux que l’humanité ! Le Festival ne présente que des longs métrages à dessein. Nous avons en effet besoin de réfléchir et, pour cela, du temps est nécessaire. Il faut pouvoir passer une heure et demi ou plus avec des personnages pour entrer dans l’histoire et en saisir la complexité. Tout n’est pas noir ou blanc et nous faisons confiance à l’intelligence, à la curiosité des spectateurs, à leur envie d’être questionnés.

J.V. : Quels ont été les traits marquants l’évolution du FIFDH depuis 16 ans ? Quels sont les moments qui vous ont le plus marquée ?

I.G. : La toute première édition ouverte par Sérgio Vieira de Mello qui était alors Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à l’époque m’a profondément marquée. Il était le tout premier parrain du festival avec la cantatrice Barbara Hendricks et il a été tué à Bagdad 4 mois plus tard. Les bases du festival ont été durablement posées lors de cette première : des diplomates des organisations internationales, de grands artistes, le grand public de Genève. Ces univers ne se croisent pas forcément mais ils s’associent lors du Festival.

Les 10 ans du Festival sont aussi inoubliables : mon prédécesseur, Léo Kaneman, a organisé une nuit des droits humains au Bâtiment des forces motrices où tous les acteurs étaient présents, ONG, monde associatif, diplomates.

Enfin, un autre événement a été très important, le débat avec Edward Snowden. Il a eu lieu après la projection de Citizenenfour, le documentaire sur lui qui venait d’ailleurs de remporter l’Oscar du meilleur documentaire, tourné dans sa chambre à Hong Kong où il a sorti l’affaire. Après la projection, Snowden a parlé en direct avec le public de Genève durant 45 minutes et dit son souhait de revenir en Suisse. Cela a été un moment extrêmement fort, repris un peu partout dans le monde.

J.V. : Quels sont les thèmes de prédilection du Festival ?

I.G. : Nous essayons d’envisager les droits humains de la manière la plus large possible. Je ne pense pas qu’il faille les limiter aux thématiques classiques. Nous avons envie dans ce Festival de traiter les choses de manière différente. Par exemple, la soirée consacrée au revenu universel. Nous ne sommes pas dans un débat classique et attendu. Pourtant, il s’agit d’une question de société fondamentale qui touche aux droits de l’homme, comme le droit au travail, la dignité des personnes qui travaillent, et la place que nous avons tous dans la société. Ce qui nous intéresse, c’est la multiplicité des points d’entrée. Il en va de même pour le choix des films : certains abordent les droits humains et le monde actuel sous un angle inattendu. Je pense ainsi à « La mort de Staline » de Armando Iannucci. Il s’agit d’une comédie grinçante où toute la garde rapprochée de Staline intrigue après sa mort pour prendre le pouvoir. C’est bien un film historique en apparence, mais qui apporte un éclairage profondément contemporain sur la figure du dictateur tout puissant, à moitié fou, entouré d’une cohorte d’intrigants.

J.V. : Quels devraient être les temps forts du Festival cette année ?

I.G. : Le célèbre artiste et dissident chinois Ai Weiwei viendra clôturer le festival le 18 mars avec la projection de son film « Human Flow » où il est question de la tragédie des migrants. Il débattra avec Filippo Grandi, Haut Commissaire de l’ONU pour les réfugiés. Ce sera un appel extrêmement fort qui devrait résonner : un des plus grands artistes contemporains va s’exprimer aux côtés du plus haut diplomate en charge de la question des réfugiés. La comédienne Vanessa Redgrave nous rendra également visite.

Autre temps fort, la présence de l’écrivaine Chimamanda Ngosi Adichie, l’un des plus grands noms de la littérature contemporaine, dont les textes ont été samplés par Beyonce. Nous proposerons une lecture de son dernier livre, Chère Ijeawele ou un manifeste pour une éducation féministe (ndlr Gallimard, mars 2017), par 15 femmes dans leurs 15 langues maternelles. Barbara Hendricks le lira en anglais, les comédiennes Leila Alaouf et Aïssa Maïga le liront en français, Chimamanda va lire et traduire un passage en Igbo, sa langue maternelle. Ensuite, ce seront 12 Genevoises qui liront en russe, chinois, arabe, créole… le pouvoir des mots, l’importance d’éduquer sa fille au féminisme, à l’estime de soi, au respect et à l’égalité.

Guy Delisle, le dessinateur, bédéiste auteur des Chroniques de Jérusalem, sera enfin un artiste à l’honneur. Au-delà de son talent, auquel je suis très sensible depuis ses débuts, son humour et son regard tendre sur les choses sont très touchants. Il est tout à fait envisageable de considérer les droits humains de manière drôle et amusante. On peut faire rire, émouvoir, et toucher le public également par le rire…

Isabelle Gattiker, en quelques dates 

– 2002 : cofonde le FIFDH aux côtés de Léo Kaneman et en est la coordinatrice générale durant les trois premières éditions.

– 2005 à 2007 : assiste le cinéaste Amos Gitaï.

– 2007 :  productrice de cinéma, elle est associée chez Intermezzo Films SA. Elle enseigne aussi à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL) et à la Haute Ecole d’art et de design Genève (HEAD).

– 2011 à 2013 : coordinatrice du Master cinéma HES-SO pour l’ECAL et la HEAD.

– octobre 2013 : directrice générale adjointe du FIFDH.

– depuis 2015 : directrice générale du FIFDH.

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