Sonia Jebsen – mai 2021

Les Muses (1893) @Maurice Denis

“La première période de ma peinture, c’est l’amour…”

Si le peintre français Maurice Denis (1870-1943) porte l’étendard du groupe Nabis dont il est l’un des fondateurs et théoricien, l’ensemble de son œuvre ne peut être limitée à ce mouvement. Les 90 toiles accrochées aux murs du MCBA nous emmènent en promenade dans l’univers d’un artiste pour lequel l’amour, la foi et la nature furent essentiels. Cet hymne à la vie délicat et coloré est à savourer jusqu’au 15 mai.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Maurice Denis, chef des Nabis

A la fin des années 1880, Denis et ses amis de jeunesse parmi lesquels Edouard Vuillard, Paul Sérusier, Pierre Bonnard… créent un groupe dissident, les Nabis. D’origine hébraique, ce nom signifiant prophète, inspiré de Dieu met en lumière leur intérêt pour la spiritualité et l’ésotérisme.  Fortement inspirée du style de Paul Gauguin qu’ils vénèrent, leur peinture se nourrit d’imaginaire et de symbolisme soutenue par une grande liberté des couleurs et des compositions.   “Une peinture avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées”, a clairement formulé Maurice Denis. La communautés des Nabis existera jusque vers 1900, chacun d’entre eux suivant un chemin artistique personnel par la suite.

Saint Georges aux rochers rouges (1910) @Maurice Denis

Maurice Denis, pour l’amour de Dieu

Maurice Denis a 15 ans quand il écrit dans son journal : « Oui, il faut que je sois peintre chrétien, que je célèbre tous ces miracles du Christianisme, je sens qu’il le faut. » Son oeuvre en est le témoignage visuel le plus parlant ! Le Nabi aux belles icônes, comme on le surnomme, peint quantité de sujets religieux tout au long de sa vie. Très jeune, il est inspiré par les “primitifs” de la Renaissance italienne, tel que Fra Angelico, le moine-peintre. Il visite l’Italie à plusieurs reprises, tout particulièrement la Toscane. “Monter vers Dieu en faisant comme notre Divin maître, créer”.  Vies de saints, annonciations, maternités ou scènes profanes sont l’expression de sa foi ardente.

©Maurice Denis, Mystère catholique

Marthe, son amour

A 20 ans, le jeune peintre qui rêvait d’entrer en religion rencontre son alter ego, la femme qui fait chavirer son âme et son coeur, Marthe Meunier. Ils se marient en 1893, de cette union heureuse et paisible naissent sept enfants. Marthe restera sa muse, et  son modèle de prédilection. L’artiste n’aura de cesse de la représenter dans des scènes religieuses où elle incarne une sainte, ou dans son rôle de mère de famille dans leurs lieux de vie préférés : Saint-Germain en Laye ou Perros-Guirec en Bretagne. L’amour selon Maurice Denis transforme  la jeune fille en femme puis en mère. Nous croisons souvent le regard de Marthe tout au long de l’exposition.

@Maurice Denis
Nos âmes en des gestes lents (Amour) 1898

Le néo-classicisme et l’art décoratif

Les Nabis ont grandement contribué à l’avènement des arts décoratifs sous l’influence de l’art de l’estampe japonaise notamment. Un de leur leitmotiv : redonner aux arts appliqués leurs lettres de noblesse. Maurice Denis réalise diverses décorations d’intérieur sous forme de tableaux muraux, paravents, éventails, papiers peints. ” J’imagine assez nettement le rôle du tableau dans la décoration de la maison moderne”, a dit Maurice Denis.

Il n’aura de cesse de réfléchir sur la peinture, d’écrire à son sujet, de se remettre en question. En 1898,  il se rend à Rome où il rencontre l’écrivain André Gide. Les peintures murales classiques du grand Raphaël vues au Vatican provoquent un bouleversement dans sa vie de peintre. De là découle sa séparation du groupe Nabi qui expose une dernière fois ensemble en 1900.

Maurice Denis créera un lien fort et durable entre sa peinture et l’architecture. Plus de 50 édifices accueillent ses oeuvres murales en France et même en Suisse (église Saint-Paul à Genève). En référence à ses peintres italiens favoris, il investit certains lieux prestigieux comme des hôtels particuliers ou édifices religieux, le Théâtre des Champs-Elysées ou le musée du Petit Palais à Paris.

A gauche :
Avril (vers 1894), huile sur toile @Maurice Denis

A droite : Paravent aux colombes (vers 1896) huile sur toile – 4 panneaux @Maurice Denis