Sonia Jebsen – février 2021

La pandémie a bouleversé le monde de l’art. On ne s’éternisera pas sur ce sujet mis à toutes les sauces dans les médias. Nombreux sont les acteurs de cet univers qui ont dû repenser leur fonctionnement et améliorer leur visibilité. Voici un cas concret avec la société SWISS ART VALUE, créée par  Antoine Tacchini en octobre 2020. Le jeune et dynamique entrepreneur a lancé une plateforme digitale exclusivement dédiée à aux artistes suisses passés et contemporains. Les atouts : réactivité et efficacité de l’acquisition d’oeuvres de qualité à des prix très abordables grâce aux applications Instagram et Facebook.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Sonia Jebsen : Dans ce vaste océan qu’est le virtuel, quelles ont été vos motivations pour lancer une plateforme d’art en ligne ?

Antoine Tacchini : C’est en lien avec le premier confinement. J’avais racheté une société en 2017  agissant dans le domaine de l’expertise et du commerce d’art. Nos affaires se concluaient principalement grâce aux rencontres faites durant les foires internationales auxquelles mon équipe et moi-même participions jusqu’à l’arrivée du COVID-19. Le grand stop, plus de déplacements, moins de business, mais en tant que directeur, je devais faire face aux frais de l’entreprise. Il fallait repenser le business model. Durant le confinement, je passais mon temps  à envoyer des listes d’oeuvres à mes contacts et vice-versa. Pour plus d’efficacité et de visibilité, nous avons lancé la filiale “niche” dédiée à l’art suisse uniquement et ouvert un compte Instagram et Facebook indispensables de nos jours.

Sonia Jebsen : Quel est votre rapport personnel à l’art ?

Antoine Tacchini : Je vis depuis toujours dans un environnement de collectionneurs et j’achète  beaucoup d’art par passion. Diplômé de l’EHL de Lausanne, j’ai d’abord exercé dans la finance à Londres. C’est lors de mon séjour là-bas, il y a quelques années que je suis devenu courtier sans le vouloir. Durant la pause déjeuner, j’allais flâner devant les galeries du quartier. Et je prenais des photos d’oeuvres exposées. Je les ai montrées à un client en Belgique, amateur d’art. Il a été emballé par une oeuvre. Le galeriste m’a donné une commission pour la vente. J’ai pensé que ce commerce était chose aisée. Mais après quelques mois, plus rien. J’ai compris qu’il fallait m’entourer d’experts et de professionnels pour plus de crédibilité.

Dans mes choix, je suis éclectique. Je possède de nombreuses oeuvres de l’artiste française Lyora Pissarro, arrière petite fille du célèbre Camille Pissarro, un coup de coeur. Idem avec mon ami, Thomas Mustaki, jeune talent suisse, malheureusement décédé en décembre dernier.

Sonia Jebsen : Revenons à SWISS ART VALUE, quelle est sa structure et comment fonctionnez-vous ?

Antoine Tacchini : Nous possédons un bureau au Petit-Saconnex, à Zurich et Verbier. Les oeuvres d’art qui nous sont confiées par les collectionneurs ou les artistes sont stockées aux Ports Francs de Genève. Dans notre petite équipe il y a un jury d’experts pour la  sélection des oeuvres. Ce sont tous des professionnels issus de Christies, l’ECAL, Drouot. Une community manager en charge des réseaux sociaux agit comme “art hunter” pour repérer les artistes suisses intéressants. Chaque semaine un brainstorming a lieu pour décider des oeuvres postées sur Instagram.

Pour les artistes vivants, nous convenons d’un prix avec eux , tout en restant au plus juste de la valeur du marché, d’où le nom SWISS ART VALUE. Pour les artistes décédés, notre expert en art suisse se charge de faire l’estimation. Les prix n’excèdent pas 10’000 francs. Une oeuvre de Hodler a été vendue 8’000 francs à un client qui ne l’avait pas vue réellement ! Avec une commission de 20% sur les ventes réalisées, nous ne faisons pas de gros profits bien entendu. Mais grâce à cette plateforme, nos  jeunes artistes sont mis en avant et nous pouvons écouler certaines oeuvres de notre collection.

Sonia Jebsen : Lorsqu’on a un coup de coeur pour une oeuvre présentée sur votre compte Instagram, comment doit-on procéder ?

Antoine Tacchini : Il faut nous contacter par mail. Si l’oeuvre n’est pas déjà vendue ou réservée, nous vous faisons parvenir une facture. Une fois le paiement effectué, l’oeuvre vous est livrée par nos soins. Si vous souhaitez voir l’oeuvre physiquement, nous pouvons parfois organiser une rencontre et fournir des informations supplémentaires par nos spécialistes. Mais cela reste exceptionnel pour des oeuvres peu onéreuses.

Sonia Jebsen : SWISS ART VALUE est encore une toute jeune plateforme. Quel est le bilan de votre côté ?

Antoine Tacchini : Un premier constat, la plupart des acquisitions ont été faites par des français, des suisses, des expatriés qui ont un lien affectif avec le pays. Le compte Instagram est passé de 5 followers à plus de  4’000 actuellement. Notre mode de fonctionnement rencontre beaucoup de succès auprès des collectionneurs. En effet, ils n’hésitent pas  à nous confier des oeuvres car notre commission de 20% ne fait prendre aucun risque. Suite au lancement de SWISS ART VALUE, nous avons constaté l’apparition d’autres profils jouant dans la même cour. Mais nos concurrents principaux sont les mastodontes Artsper, Artprice ou Singulart, très bien référencés sur le net. Le but n’est pas de rentrer en compétition avec eux, mais de continuer à alimenter ce secteur niche de l’art suisse qui nous distingue des multiples sites de vente en ligne.