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Envie de la rencontrer ?

Allez voir sa dernière exposition  qui se tient à lausanne jusqu’à Noël :

« Mouvements »

Elle sera présente les 16 & 23 de 10h30 à 13h et durant les Nocturnes des 15, 20 & 22 de 18 à 21h

Galerie Univers
1er étage – 5, rue Centrale – Lausanne

« Si vous vous contentez de voir ce qui est évident, vous ne verrez rien » a déclaré la photographe allemande Ruth Bernhard.  A notre époque où tout est de plus en plus visuel et où chacun d’entre nous se transforme en photographe de l’instant et des petits riens, cette citation résonne étrangement.  Comment utiliser l’image pour améliorer ou mieux vivre le regard que chacun pose sur soi et y voir le meilleur? Peut-être en utilisant différemment son appareil photo à l’exemple d’Anne Voeffray, photothérapeute et auteur du livre de photographies Magma, pour qui « l’outil photographique est un moyen de développer une introspection, d’être en état de pleine présence à ce qui se passe

Décryptage avec Anne Voeffray…

Rien ne prédestinait la lausannoise Anne Voeffray à devenir photothérapeute si ce n’est la passion de la photo et l’intérêt pour son prochain… Titulaire d’un diplôme d’infirmière, elle travaille naturellement pendant plusieurs années dans le milieu extra-hospitalier avant de suivre des études en Sciences Sociales et Politiques à l’Uni de Lausanne dans l’idée d’élargir sa formation et d’essayer de comprendre les relations entre l’être humain et la politique. Parallèlement, elle fait des photos, surtout des autoportraits, et participe à de nombreuses expositions. Et puis, alors que son projet de recherche se termine à l’Uni et parce qu’elle commence à être engagée pour faire des portraits, elle décide de suivre une master class à Paris en photographie afin d’avoir une assise, voire une légitimité et de renforcer une forme «d’écriture» photographique.

En effet, ce sont ses autoportraits qui vont servir de déclic car de plus en plus de femmes viennent la voir et lui demandent de les photographier, voire d’expérimenter la photographie avec elle.

«C’est là que je me suis dit que quelque chose se passait mais d’un autre ordre» nous explique-t-elle, «ces femmes ne voulaient pas seulement que je sois leur photographe, mais un peu plus. J’ai donc découvert la photothérapie un peu par hasard».

Soucieuse d’aller au fond des choses, elle va se former à Bruxelles.

Quel est l’esprit de la photographie thérapeutique ?

L’idée est d’utiliser tout support photographique pour travailler un certain nombre d’états (maladie, crise, interrogations personnelles) et de les relier au réel. « Mais attention,  j’enseigne le regard, pas la photographie…» prévient Anne Voeffray. L’idée est d’acquérir un double regard: un regard extérieur non jugeant et un regard intérieur.

Sa propre prise de conscience? «Je me souviens d’un souvenir de jeune adolescente : je descendais une rue à trottinette, les cheveux au vent, heureuse d’aller retrouver des membres de ma famille qui m’attendaient au bord du lac. J’ai dessiné cette scène, j’ai ressenti les sensations et les émotions liées à ce moment et puis, j’ai rejoué la scène dans la réalité et quelqu’un m’a prise en photo. J’ai réussi ainsi à me téléporter dans le temps et l’espace… Et aujourd’hui, ce moment heureux, je peux le revivre dans le quotidien, à tout moment (en faisant la queue à la poste par exemple)» nous raconte-t-elle.

Ce travail permet ainsi d’être plus à l’écoute de son ressenti car on a la preuve photographique de ces instants passés. Il permet également de se réapproprier une image positive de soi mais une image qui est aussi devenue réalité puisqu’on a rejoué cet état et qu’il a ensuite été photographié… La photothérapie permet aussi de se mettre en condition, par exemple, de préparer un entretien d’embauche en imaginant l’entretien idéal, en mobilisant le corps entier et en se faisant ensuite photographier afin de garder en soi cette image. La pratique de la photographie permet donc de canaliser une hyper sensibilité et de faire le lien entre le corps et le monde rêvé, aide à faire des choix et non à procrastiner.

Quelle exploration fait-on avec la photothérapie ?

L’idée est de travailler ensemble, soit en faisant des portraits, soit en travaillant à base de photos existantes, sachant que l’important est de toujours passer dans le monde du rêve. Par exemple, chacun va se souvenir d’un bon moment, le dessiner, se souvenir des ressentis, des sensations, etc, afin ensuite d’y faire face dans la réalité.

Anne Voeffray anime également un atelier sur la manière de regarder ses photos et de les organiser, de les classer. «On en fait de plus en plus mais concrètement on en fait rien ensuite. C’est ce que j’interroge

Pourquoi cet engouement auprès des femmes ?

Son public est surtout féminin car Anne Voeffray constate qu’elles sont plus intéressées par l’épanouissement personnel, la connaissance de soi… Il n’est pas si facile d’être une femme aujourd’hui car on exige beaucoup d’elles dans notre monde actuel. «J’ai compris notamment que ce qui intéressait les femmes, c’était d’être photographiées sans jugement, sans la critique sociale et le regard ni la question sous-jacente sur ce qu’est la féminité ou ce que cela signifie d’être une femme» résume-t-elle. «Elles sont de plus en plus sollicitées pour être les garants de la famille, celles qui ont la parole, ont le souci que les choses se passent bien. Certaines étapes sont aussi plus difficiles pour les femmes avec le passage de la quarantaine ou de la cinquantaine, des séparations, des difficultés professionnelles… La manière de bien vivre le vieillissement est aussi liée à l’image de soi.»

Comment se déroulent les cours ?

Les cours sont donnés à Lausanne ou ailleurs sur demande. Les possibilités sont multiples : adolescents ou adultes, personnes avec des problèmes de santé, en réinsertion professionnelle ou juste avec l’envie d’explorer son soi-même. Anne Voeffray conseille de commencer par des séances individuelles pour mieux se connaître avant d’intégrer un groupe. Quant à l’appareil photographique, rien n’est exigé:il faut simplement un appareil que la personne peut toujours avoir avec elle comme un téléphone portable, un appareil jetable, un appareil argentique, etc…

Son livre, Magma…

Constitué d’autoportraits et de paysages, il pourrait apparaître sombre, avec des clichés en clair obscur, un mélange confus et inextricable d’éléments abstraits. En réalité, il appelle à un voyage intérieur, faisant écho à ces images qui défilent derrière nos paupières closes et à nos questions : qu’est-ce que je vois? Quel est mon moi intérieur?

Son livre, publié aux Éditions BSN Press, a été présenté au salon du livre de Genève et en exposition dans le cadre des Voies Off des Rencontres de la Photographie à Arles début juillet 2017.

Anne Voeffray Photographie
1006 Lausanne
www.annevoeffrayphoto.ch
www.photorevelationdesoi.ch