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 Du 02 au 07 octobre, l‘Arena de Genève accueille Bartabas et son Académie équestre pour six représentations de “la Voie de l’écuyer” 

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Ce qui vous attend en assistant à ce spectacle est bien le résultat du compagnonnage entre l’homme et le cheval dans un instant de grâce. En plus des qualités de dressage de Haute Ecole, c’est un véritable corps de ballet équestre que Bartabas a créé avec une dimension artistique revendiquée. Revendiquée et superbement maitrisée. Un art nouveau, posé sur des bases rigoureuses, emporté par l’imagination et la vision créatrice d’un homme au service d’écuyers et de chevaux enthousiastes. Un moment magique, hors du temps, exceptionnel. Afin de comprendre “l’art de vivre” de l’Académie, nous avons rencontré l’une de ses écuyères : Maïlys Frougneux.

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Bythelake:  Qu’est-ce qui vous a conduit sur “la Voie de l’écuyer”…?

Maïlys Frougneux: Je monte à cheval depuis l’âge de 9 ans. J’ai continué pendant mes études d’infirmière. J’écrivais mon P1030114mémoire quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas passer aussi peu de temps avec les chevaux, juste le soir épuisée après une journée de boulot. J’ai toujours beaucoup aimé ce que produisait Bartabas et les spectacles de Zingaro, mais je ne connaissais pas du tout l’Académie équestre. Jean-Louis Sauvat, cavalier, artiste et dessinateur des fresques au fusain sur les murs du Manège à Versailles, m’a parlé de ce concept fantastique. J’ai contacté Laure Guillaume, l’une des écuyères titulaires. Elle m’a proposée de venir un dimanche assister aux Matinales et au spectacle de l’après-midi. C’était en mai 2012. Par chance,  j’ai pu rencontrer Bartabas ce jour-là qui m’a dit: «Passe ton diplôme d’infirmière et viens en septembre faire un mois d’audition».

BTL : Comment votre choix s’est-il fait?

MF : En septembre, après avoir obtenu mon diplôme, j’ai donc intégré l’Académie en mois d’essai. On est « infiltré » pourAcad 1 observer le quotidien des écuyers. Il faut avoir un niveau de Basse Ecole bien acquis et un début de Haute Ecole. J’avais peu d’expérience du fait que j’avais eu peu de temps pour monter pendant mes études mais j’avais de bonnes bases. J’ai eu beaucoup de boulot pour récupérer le niveau nécessaire, Laure Guillaume m’a prise sous son aile et je travaille toujours beaucoup avec elle, ce que j’apprécie énormément. On monte chaque jour des chevaux complètement différents, on est toujours entouré, on a un regard extérieur qui nous soutient et nous corrige. C’est comme ça que l’on construit son expérience. J’ai décidé de m’engager.

BTL : Cela semble un véritable sacerdoce que vous ne pouvez faire en dilettante… 

MF : Oui complètement, c’est pour ça que le mois d’intégration à l’Académie est essentiel. On vit au sein de l’équipe, on prend la mesure de son importance dans la vie des écuyers. Ce n’est pas juste un métier, c’est vraiment un engagement de vie, on croit au projet à 300% , on le porte chaque jour. C’est justement ce qui fait la puissance de l’Académie, chaque personne est investie à fond et cela se voit en spectacle.

BTL : Comment se déroulent vos journées?

Pansage <3MF : On commence vers 7h du matin aux écuries, on sort 4 ou 5 chevaux en fonction d’un planning que l’on définit chaque jour pour le lendemain. Nous sommes plusieurs écuyers dans peu de lieux donc on doit bien gérer notre organisation pour ne pas se déranger les uns les autres et néanmoins travailler avec nos chevaux correctement. A chaque cheval, son pansage, et ce n’est pas juste le brosser, c’est s’assurer qu’il va bien, mentalement et physiquement, on peut repérer une blessure qu’il a pu se faire au box. Il peut aussi ne pas être forcément très enjoué pour  travailler, dans ce cas-là on peut réadapter le planning, c’est un moment vraiment primordial. On varie au maximum les exercices: travail monté, longes, balades dans le château, libertés pour éviter que cela lui soit monotone. Quotidiennement, chaque écuyer travaille donc avec 2 ou 3 chevaux qui participent au spectacle et 2 chevaux en formation, de différents niveaux, en fonction de leur âge et de leur avancement dans le travail. Il y a aussi les chevaux de remplacement que l’on entretient  en cas de blessure d’un cheval “titulaire”… Avec chaque cheval l’échange est différent et apporte une nouvelle connaissance de l’art équestre comme de soi-même.

BTL : Pause-déjeuner et la journée continue…?

MF : Avec des cours qui complètent notre formation: escrime artistique, escrime à cheval et escrime à pied, Escrimechant individuel et chorale, Kyudo, du tir à l’arc japonais qui demande une grande concentration. Toutes ces disciplines font partie intégrante de “la Voie de l’écuyer”. On pratique aussi le Pilates, la danse et le stretching.

BTL : Vous travaillez 6 jours sur 7, avez-vous réellement envie de monter tous les jours  avec le même enthousiasme?

MF : Oui ! Parfois on est fatigué, mais l’envie de monter à cheval est toujours là… Je sais ce que j’acquiers grâce à l’Académie, ce qui m’est transmis. J’ai encore énormément de choses à apprendre ici, et l’apprentissage se fait dans la durée, que ce soit à cheval ou dans les autres disciplines, ça demande beaucoup de temps avant d’intégrer tout ça.

BTL : Un exemple personnel pour illustrer l’idée de transmission et de partage qui est à l’honneur ici?

MF : Le cheval que je monte dans la Voie de l’écuyer s’appelle « Dormeur », c’est un Criollo argentin que j’ai partagé avec Laure Guillaume pendant un an, elle le montait en spectacle, il a été arrêté assez longtemps suite à une blessure. Laure a fait sa rééducation et l’a repris en spectacle. Lorsque je suis arrivée, on a partagé Dormeur pendant un an. Elle m’a apportée ce qu’elle avait pu ressentir sur le cheval, moi j’essayais de comprendre comment il fonctionnait. Quand ça ne marchait pas, elle le reprenait et me disait ce qui n’allait pas. Donc ce partage a été vraiment très enrichissant, que ce soit pour la relation que j’ai pu créer avec le cheval comme pour ma propre expérience technique. Créer un duo qui a plaisir à travailler ensemble est important pour les deux partenaires. C’est avec Dormeur que j’ai fait mon premier spectacle et toutes les créations ensuite. Il a un super caractère, beaucoup de volonté et aime le spectacle. Il y a des chevaux dont on se rend compte qu’ils ne sont pas forcément fait pour ça, pas hyper enjoués pour participer. Lui ce n’est pas du tout le cas, il entre en spectacle super ravi, c’est chouette de monter un cheval qui a envie, qui est heureux de faire ce qu’il fait.

Maïlys manègeBTL : Que représente  « la Voie de l’écuyer » Opus 2015 ?

MF :  C’est tout le travail accompli au quotidien à l’Académie sous forme de ballet équestre. La base du spectacle est la même depuis le début mais chaque année le spectacle évolue en fonction de l’expérience et de la spécificité de chacun, écuyers et chevaux.

BTL : Quelles sont les qualités nécessaires?

MF : Etre polyvalent, on acquiert énormément de compétences dans différentes disciplines, donc il faut être capable de s’adapter. On vit en communauté,  être à l’écoute des autres, des chevaux et accorder une grande attention à tous est indispensable. C’est la vie en condensé, dans un lieu unique, on donne le meilleur de soi, on prend le meilleur des autres pour s’enrichir de ce partage. C’est la force de l’Académie: les anciens transmettent aux nouveaux les compétences qu’ils ont déjà travaillées eux-mêmes,  savoir travailler avec l’autre, dont la personnalité et les aptitudes sont complètement différentes, est essentiel.

BTL : Est-ce que vous vous marrez un peu dans tout ça, parce que cela demande une exigence, une discipline et un engagement incroyables pour parvenir à une telle maîtrise?

MF : Oh oui sinon je ne serai pas là, j’y prends beaucoup de plaisir. On partage la même passion. Il y a des moments difficiles, mais on sait pourquoi on est là et pourquoi on passe par ces moments difficiles, toute cette rigueur dans le travail, on sait pourquoi on le fait et c’est justement pour le plaisir du résultat et de la relation avec le cheval que l’on s’y tient. Le jour où on ne se fait plus plaisir, il faut partir.

 Voir “la Voie de l’écuyer” début octobre à l’Arena et s’inspirer de l’art de vivre de l’Académie équestre de Versailles dirigée par Bartabas est un bonheur pour les yeux et une joie pour le coeur et l’âme.

www.acadequestre.fr/

Véronique Baligan-Bertran, septembre 2015

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