Sonia Jebsen – octobre 2020

Oeuvres des artistes de gauche à droite et de haut en bas : Sabrina Amigoni, Nora Rupp, Ray Monde, Isabelle Ardevol, Kidist Hailu Degaffe, Sara Miguens, Alexia Weill, Oda Tungodden

Diplômée d’un Bachelor et d’un Master en Histoire de l’art (à Rome, puis à  Lausanne), Marie Bagi a travaillé durant 3 ans sur les sujets de l’intime chez les artistes femmes ainsi que leur reconnaissance tardive. Ces recherches fourniront le matériel pour son doctorat illustré par le travail artistique de deux sculptrices : Camille Claudel et Louise Bourgeois. La théorie se met en pratique lorsqu’elle lance son projet d’un espace d’exposition dédié aux artistes femmes en janvier 2018.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Sonia Jebsen : Qu’entendez-vous par “intime” ? Y a t’il une différence évidente entre l’expression d’un artiste homme et celle d’une femme ?

Marie Bagi : Les femmes laissent toujours transparaître une part d’elle-même. Cela peut être des moments de vie, leur quotidien, des sentiments… Le psychologique s’entremêle à l’intime et permet de donner des clés au public pour décrypter l’oeuvre de l’artiste. Mon propos n’est en aucun cas sexiste, je souhaite mettre en avant la place de la femme dans le monde de l’art. L’âme féminine est sans doute plus sensible et ose repousser les limites au travers de l’expression artistique. Je citerai en exemple la très controversée Marina Abramovic, connue pour ses performances avant-gardistes, dans laquelle elle se met en danger physiquement et mentalement. Le deuxième argument est bien entendu la capacité de procréation de toute femme. Peut-on lier la maternité à l’acte créatif ? Pour moi, c’est évident. Les femmes mettent leurs tripes sur la toile.

Sonia Jebsen : Elles sont toujours peu représentées au niveau institutionnel et dans les  expositions de grande envergure. Quelle est  l’évolution actuelle ?

Marie Bagi : Un grand nombre de musées et autres fondations sont dirigés par des femmes de nos jours. Mais le pourcentage d’artistes femmes mises en avant dans les expositions majeures reste trop faible. Au XXIe, elles sont pourtant très présentes, nombreuses et actives sur la scène internationale, avides de reconnaissance du monde de l’art et du public.  Certaines d’entre elles  sont très engagées en matière de féminisme, mais durant ma thèse, j’ai préféré  ne pas tomber dans certains travers, sans pour autant le nier.

Sonia Jebsen : Parlez-nous de votre projet d’un espace dédié aux artistes femmes.

Marie Bagi : Après ma thèse en 2018, j’ai eu envie de m’impliquer concrètement avec un espace physique d’exposition. A mon avis, la galerie telle que nous l’avons connue jusqu’à présent est appelée à disparaître. Entre une galerie et un musée, ce lieu permettra aux artistes d’exposer sans aucun bénéfice de mon côté. Ils pourront vendre leurs oeuvres sans aucune contrainte. En parallèle, nous proposerons des activités culturelles autour d’ateliers, de conférences, ou de cours, en participation avec les artistes. Ainsi nous pourrons financer la gestion de l’espace. Le premier lieu sera à Paudex, le prêt d’un mécène. 5 à 6 artistes pourront exposer sur 100m2 durant trois mois. Et ainsi de suite avec de nouvelles têtes d’affiche. Notre but est d’acquérir un lieu fixe à Lausanne assez grand pour exposer les artistes membres de l’Association au nombre de trente actuellement. 

Sonia Jebsen : Quelles sont vos critères de sélection des artistes pour l’ Espace Artistes Femmes ?

Marie Bagi : Je suis toujours très sensible à la vie, au parcours de l’artiste. Sa démarche doit pouvoir être utilisée aussi à des fins éducatives pour le public. Il est certain qu’ en art contemporain, les oeuvres sont souvent mal comprises. C’est dans ce sens que nous souhaitons mettre en avant le processus de création et l’expliquer aux visiteurs de tous  âges. Je suis convaincue que les travaux artistiques des femmes illustrent idéalement ce propos. Dans notre sélection, beaucoup de médiums sont représentés, la peinture, la sculpture, la photographie, le textile. Nous comptons environ 30 artistes et le nombre ne cesse de croître. Celles que j’ai  rencontrées ont toutes une démarche en perpétuelle évolution.

Le vernissage de l’exposition inaugurale aura lieu le 16 janvier 2021 avec 6 premières artistes (les informations suivront).

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Vous pouvez assister aux cours et aux conférences organisés par Marie Bagi à l’Université Populaire de Lausanne et à partir de janvier prochain à l’Espace Artistes Femmes à Paudex.