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Celine van Till n’a que 26 ans mais sa vie est déjà un roman…  dans lequel la détermination et l’amour rythment tous les chapitres.

Pressentie pour faire une grande carrière de dresseuse, cette athlète de haut niveau a dix-sept ans lorsqu’un accident de cheval bouleverse tout. Après un mois de coma, elle se réveille et découvre qu’elle a perdu 50% de sa vision et doit tout réapprendre : marcher, parler, écrire, compter…

Presque dix ans plus tard, nous la croisons au hasard des 20 kilomètres de la course de « Genève Aéroport », course dont elle est la marraine et à laquelle elle participe. Nous décidons de nous rencontrer fin novembre pour évoquer ses projets, son nouveau livre et son credo, « tout est possible! »

Virginie Hours : En écrivant votre histoire dans un livre, « Pas à pas », quel objectif aviez-vous ?

Celine van Till : A l’hôpital, certaines personnes me conseillaient d’écrire mon histoire, en me disant «tu étais dans  le coma et tu te réveilles à la vie»… Pour moi, c’était alors improbable ! Certes, afin de rééduquer mon bras droit, j’ai commencé à écrire deux mots par jour, (ce qui me prenait entre trente et quarante minutes !), puis une demie page… ou une page (ce qui me demandait encore une heure). Et puis, lorsque je me suis retrouvée avec toutes ces feuilles d’écriture, j’ai repensé à ce que l’on m’avait dit…

Je trouvais dommage de les jeter. Parallèlement, j’avais envie d’aider ceux qui se trouvaient dans la même situation que moi. Je me suis donc lancée dans un livre, aidée de mon ancien professeur de français lui-même écrivain. Finalement, je suis très heureuse de l’avoir publié car j’ai des retours, des témoignages très touchants.

VH : Vous êtes connue comme cavalière. Pourquoi décider de vous mettre à la course ?

CVT : C’est vrai que c’est un peu surprenant de commencer une nouvelle discipline alors qu’on se retrouve en situation de handicap… Avant mon accident, je courrai très peu, et puis, à mon retour des Jeux Paralympiques de Rio en 2016 (elle est une des deux suisses sélectionnées dans la discipline para-dressage  et finira 13ème ), je suis devenue une des marraines du défi « Décrochons la Lune ». A ce titre, je me suis engagée à faire 300 kilomètres en un mois. Ce n’était pas évident avec mon handicap car j’ai dû réapprendre à courir, c’est à dire à coordonner les bras et les jambes. J’ai dû me battre pour y arriver d’autant plus que depuis l’accident, je suis malvoyante : je vois net mais en 2D. J’ai relevé le défi : en un mois, j’ai parcouru 150 kilomètres à vélo et 50 en courant, dont les 10 kilomètres de Lausanne en 55 minutes ! J’ai été très surprise.

VH : « Tout est possible ! », c’est toujours comme ça que vous fonctionnez ?

CVT : Oui, c’est ma devise, ma philosophie. Pour moi, la volonté et la détermination sont les deux meilleurs mots que j’ai trouvé pour illustrer mon état d’esprit.

VH : D’où vient cette devise ? Votre formation de sportive d’élite ? Votre caractère ? Votre environnement familial ?

CVT : Ce sont effectivement des moteurs très importants mais j’ai eu aussi un déclic après la chute : lorsque j’ai repris conscience, j’ai compris ce qu’était la neuro-plasticité, que le cerveau est capable de faire des nouvelles connexions quand il est sollicité… Par conséquent, « tout est possible ! » A chacun de fixer ses propres limites, de décider de s’arrêter là où il veut. Si on relève des défis, on se sent bien, plus motivé et l’on a encore plus envie d’avancer, on entre dans un cercle vertueux. On est positif et heureux. Aujourd’hui, j’adore relever des défis.

VH : Vos propres défis ?

CVT : Chaque étape est un défi en soi, il y en a des petits et des grands… certains sont plus accessibles que d’autres. Courir les 20 kilomètres de « Genève Aéroport » était un défi élevé car je ne savais pas comment mon corps allait réagir, combien de temps j’allais garder la sensation de mes jambes… Je me suis préparée avec mon coach Alexandre Roch, et j’ai couru accompagnée de Christophe qui est membre du Conseil d’Administration d’Handicap International comme moi, et de mon guide Nzumbe. Je me suis blessée dans les derniers kilomètres et ils ont été mes béquilles pour terminer. Mais j’ai réussi. Je suis allée jusqu’au bout. Je suis devenue plus forte.

VH : Et l’équitation ?

CVT : L’année prochaine, la saison internationale reprend. C’est un beau défi car la confédération suisse fixe des niveaux de sélection très élevés : j’espère me qualifier pour les Jeux Equestres Mondiaux aux USA en septembre 2018. C’est une prochaine grande étape sur la route pour les Jeux Paralympiques Tokyo 2020. J’y serai…

Retrouvez l’actualité de Céline Van Till sur son site :

Conférences, dédicaces, ateliers…..

Prochaines Dédicaces : le 7 décembre,  Boréal Coffee, Eaux-Vives dès 16h/ les 8, 9 et 10 décembre : CHI de Genève, stand Payot –

VH : Cela fait bientôt dix ans que votre accident a eu lieu. Avez-vous le  sentiment que le regard que les gens posent sur les personnes handicapées s’est modifié ?

CVT : Il y  a un mouvement positif réel. Tout dépend où l’on vit mais il y a des progrès en matières d’accès ou de formation. Nous, personnes handicapées, sommes en mesure de sensibiliser le grand public, c’est notre rôle de continuer à œuvrer pour une meilleure inclusion dans la société !

VH : Comment pensez-vous contribuer à ce changement de regard ?

CVT : Je suis très engagée et investie pour promouvoir l’égalité et une meilleure intégration des personnes handicapées. Suite à mon élection comme Miss Handicap en 2012, j’ai eu des contacts avec les autorités, je suis intervenue dans des écoles, à des événements… (les missions étaient surtout en Suisse alémanique, peu en Suisse Romande). Le fait que je sois quadrilingue (elle parle le néerlandais, sa langue maternelle, le français, l’anglais et l’allemand) est un avantage certain. Je participe également à des conférences et je suis parfois appelée à intervenir dans des entreprises. Et puis, en participant à des courses populaires ou même en sortant tous les jours de chez moi, je pense également œuvrer en ce sens. Il s’agit aussi de faire passer certains messages dans les médias, par exemple que nous préférons que les gens viennent nous parler et nous poser des questions plutôt qu’ils nous dévisagent dans la rue…