Delphine Sandoz expose à la galerie aarlo u viggo jusqu’au 18/11

Sonia Jebsen – octobre 2023

Si la galerie aarlo u viggo n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’espace d’exposition vibre de belles énergies grâce à la fine équipe, Camille Montandon, Jean-Marie Reynier et sa compagne, Ondine Jung. L’exposition d’automne présente les travaux de la lausannoise Delphine Sandoz rencontrée lors de notre passage. Au-delà de l’apparente fragilité de sa silhouette gracile se révèle une artiste bouleversante, une femme fondamentalement libre.

Delphine Sandoz en atelier

Biographie
Née en 1968 à Lausanne, formée en premier lieu à la HEAD (Genève), Delphine Sandoz s’installe à Paris durant 10 ans. Elle intègre l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de la capitale et obtient son diplôme en 1992.  Ses oeuvres ont été exposées en Suisse et en France et font partie de collections publiques (BCV) et privées en Europe et en Asie.
Le travail de Delphine est inspiré par la mémoire du corps, la manière dont nous le percevons, ses modifications ou sa disparition. Le point de départ de sa peinture est centré sur la forme et la couleur qu’elle travaille en aplats, coulures et transparences. Au début les œuvres sont constituées de grandes toiles dont les éléments en forme de contenants et réceptacles sont la matrice, omniprésents et entièrement picturaux. Elle poursuit sa démarche en ajoutant pendant une période la figure humaine. Elle inclut également des papiers et des tissus collés qui se fondent en sous couche et amènent une densité nouvelle à la peinture.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

« Il n’y a pas d’aurore sans crépuscule »

Ces mots illustrent une évidente réalité, celle de la vie, succession de jours et de nuits, de lumière et d’obscurité, la course du Soleil. Un poème de Paul Eluard m’est revenu en mémoire :

« La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée »

Commet survivre à la perte d’un être cher, au chaos qui s’en suit, aux assauts de la  maladie ? Delphine en fait l’expérience quotidienne dans tout son être depuis des années. Pour les transcender, l’artiste prend le relais. La papier, sous toutes ses formes, est son support de prédilection. Sur grand format ou dans ses carnets, l’artiste s’octroie une liberté totale avec les couleurs. Elle pose d’abord le gris, allégorie de sa tristesse, très vite égayé par des teintes plus gaies. Collages, assemblages cousus, fleurs séchées, encre, pastel, spray… elle use et abuse des matériaux sans perdre l’équilibre.

La galerie aarlo u viggo

Delphine Sandoz

Extrait des textes de l’exposition

«  »Ainsi chaque coup, chaque teinte, chaque nuance travaillée devient une victoire personnelle, un triomphe sur papier. La peinture de Delphine Sandoz transcende les limites conventionnelles pour devenir une expérience profonde et envoûtante, où le processus artistique devient une symphonie visuelle du regard, d’écoute, d’embrassade et de marche ». 

Son art agit comme un catalyseur, capturant l’essence de la vie dans toute sa fragilité et sa complexité.Chaque papier devient un champ de bataille où le conflit entre la rupture imminente et la sauvegarde se joue intensément. » Jean-Marie Reynier, curateur

« Ces dernières années, je me suis concentrée sur l’après. Une correspondance graphique s’est introduite dans mon travail en résonance à la disparition du corps aussi bien physique (perte d’autonomie) que morale (cessation d’une vie).

L’ensemble de cette production fonctionne sur l’adaptation « mécanique » pour employer un terme trivial ainsi qu’émotionnelle servant à faire un pont entre l’avant et l’après, c’est une boucle qui s’achève et qui avance vers quelque chose de déterminant et confiant » Delphine Sandoz