Virginie Hours – mars 2021

Pour en savoir plus sur le 100% Women Peak Challenge :

“J’aimerais que les femmes se sentent plus légitimes en montagne” nous confie Caroline George, guide de haute montagne. Car pour la suissesse qui vit dans le Valais et a grimpé de belles voies comme les faces nord de l’Eiger, Grandes Jorasses et Cervin, cette pratique n’est pas genrée. Elle est juste ouverte à ceux et celles qui souhaitent taquiner les sommets et se dépasser. Ambassadrice de la 100% Woment Peak Challenge, elle veut en convaincre les autres femmes.

Rencontre avec celle qui a fait de l’alpinisme son métier… et aimerait qu’il y en ait plus !

Entretien avec Caroline George

Virginie Hours

“La vie est une aventure à vivre tous les jours” pourrait être la devise de non-stop Virginie. Elle aime tout ce qui bouge, mais sait aussi très bien se poser devant un bon film ou un bon bouquin…

Pourquoi et comment avez-vous été choisie pour être ambassadrice de l’évènement ?

L’évènement #peakchallenge a été mis sur pied par Suisse Tourisme en partenariat avec l’Association des Guides Suisses, La Mammut Alpine School et le Club Alpin Suisse. J’ai ensuite été nommée par l’Association des Guides Suisses pour assurer un conseil technique pour les femmes désirant gravir des 4000m. Ceci implique de répondre à leurs questions et de leur trouver unE guide si elles désirent être accompagnées sur un 4000m de leur choix.

Pourquoi moi ? Je suis guide, passionnée de montagne, et je m’intéresse de près a la démocratisation de la montagne pour les femmes. Je suis interpellée qu’elles restent une exception et j’espère que par le biais de plateformes telles que #womenonly et #peakchallenge, elles comprendront que la Montagne, c’est aussi pour elles !

Que pensez-vous du projet ? Est-il un encouragement pour les femmes à faire de l’alpinisme ?

Ce projet met en avant que tout ce qui est possible pour les hommes l’est aussi pour les femmes. Les sports outdoor ont longtemps été la prérogative des hommes. Aussi, Suisse Tourisme désire désormais s’adresser de manière paritaire aux deux genres pour que les femmes puissent s’exprimer librement en montagne et dans toutes les activités de plein air. Et quoi de mieux que de gravir des 4000m pour réaliser, un fois rentrée en plaine, qu’on est capable de tout ! J’espère que ce projet va enthousiasmer beaucoup de femmes et qu’elles s’octroieront le droit d’aller se faire plaisir ou de pousser leurs propres limites en montagne…

Vous êtes guide dans un milieu très masculin. Etes-vous perçue de manière différente ?  

C’est une question à poser aux hommes peut être…   Vu qu’il n’y a qu’entre 1% et 2% de femmes guides dans le monde, il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la parité et ne plus être vue comme une exception mais comme la norme. Certains pays ont mis en place des systèmes pour intégrer plus de femmes dans le cursus de guides ; au travers de plate-formes telles que le #peakchallenge, j’aimerais que les femmes se sentent plus légitimes en montagne et qui sait, s’autorisent à faire de leur passion un métier. Je le souhaite à tou-te-s.

Vous même sur votre propre site, vous proposez des sorties exclusivement féminines. Pourquoi privilégiez vous une pratique de la montagne non mixte ?

Je ne privilégie aucune pratique exclusive. Suisse Tourisme a mis en place une plateforme #womenonly et a proposé aux acteurs des sports de plein air ou d’autres activités touristiques de mettre en avant des produits 100% femmes. Les produits que je propose sont donc nouveaux et créés à travers ce biais. Ceci dit, peut être que cette approche parlera a certaines femmes qui n’osaient pas jusqu’à maintenant se lancer un défi en montagne et qu’en se sentant en parité féminine, elles essaieront !

Pensez-vous qu’il y  a une manière plus féminine d’aborder la montagne et de pratiquer l’alpinisme ?

Je pense que chaque individu approche les choses à sa manière. Je ne préfère pas genrer la montagne ou l’alpinisme. Certes, quand une femme part avec un homme en montagne, elle sera tentée de le  laisser en tête de course parce que c’est un acquis social. On reproduit ce qu’on perçoit comme étant la norme. Du coup, l’homme se sent responsable  et la femme se place en suiveuse. Dans des cordées uniquement masculines ou féminines, c’est différent. Les femmes vont se forcer à marcher en tête quand elles sont entre elles ; elles se motivent les unes les autres, elles se sentent plus légitimes à prendre leur place. Ensuite, ça ne se passe pas toujours bien au niveau relationnel. C’est l’alchimie d’une cordée. Mais il est important de s’éloigner de stéréotypes grevant.

Sur les 82 sommets de plus de 4 000 m qui existent en Europe, on en trouve 48 en Suisse. Quel est votre préféré et pourquoi ?

La Biancograt au Piz Bernina est certainement l’arête la plus esthétique que je connaisse. C’est aussi un véritable voyage pour s’y rendre avec son approche en calèche (si, si!) dans le Val Roseg avant de monter à la cabane Tschierva. L’ascension est magnifique. Et un arrêt à la cabane Marco et Rossa est un must. Je recommande d’y dormir, puis de faire la traversée du Piz Palu sur le retour. C’est une boucle magique!

Quel challenge pour Bythelake ?

Envie de grimper en haut du Bishorn ? Relisez mon ascension…

Au mois de juillet 2020, je vous racontais comment j’étais parvenue au sommet du Bishorn, le “4000 des dames”, accompagnée de mon mari et surtout de ma fille de 18 ans et ma nièce de 20 ans. A présent, je me demande si je n’essaierai pas un autre 4 000 “facile” cet été, par exemple le Breithorn près de Zermatt.

Voici la réponse de Caroline :

Le Breithorn c’est BEAUCOUP plus facile et plus court que le Bishorn. Si tu veux faire un sommet avec ta fille de l’ordre du Bishorn, je te recommande la traversée du Weissmiess, le Lagginhorn, Allalinhorn, la traversée des Breithorn (donc tous les sommets), Pollux, Castor. Tous les sommets cotés AD* sont à faire avec une cordée “une guide/une cliente”. En dessous, et en fonction des cotations, la guide peut prendre plus de monde.

A moi de jouer…

* assez simple pour une personne initiée à l’alpinisme.

Pour grimper avec Caroline George

Pour la suivre sur instagram

https://www.instagram.com/carolinewaregeorge/?hl=en