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Sonia Jebsen – Avril 2018

“La vie qu’on mène est toujours peu de chose, la vie qu’on rêve, voilà la grande existence parce qu’on la continuera au-delà de la mort”…cette citation de Joséphin Péladan, écrivain français, Coco Chanel la fit sienne.

Cette vie rêvée, c’est dans le très charmant cimetière de Bois-de-Vaux sur les hauteurs de Lausanne que Mademoiselle la continue…  

Son existence fut longue et riche, forgée avec élégance et détermination. Gabrielle Chanel s’éteint à l’Hôtel Ritz à Paris, un dimanche de l’année 1971, à 87 ans. Elle rend son dernier souffle étendue sur son lit, coiffée, maquillée, apprêtée pour entrer dans l’éternité.

Ses funérailles, elle les a soigneusement préparées dans son testament plusieurs années auparavant. Une magnifique cérémonie religieuse se tient à l’Eglise de la Madeleine où une foule d’inconnus et le gratin parisien viennent rendre un dernier hommage à celle qui porta haut l’étendard de la liberté des femmes. Sa vie privée et son oeuvre créatrice en sont le testament éternel.

Pourquoi repose t-elle à jamais à Lausanne, vous demandez-vous ?

Peut-être savez-vous que la Suisse n’est pas un pays  étranger à Coco Chanel… Bien des livres et quelques films ont questionné le rôle qu’elle a pu jouer durant la Seconde Guerre Mondiale. A t-’elle été une Mata Hari, une espionne au service des allemands par amour pour un bel officier ? Allégations, vraies ou fausses qui la poussent  à l’exil en terre helvétique en 1945. De cette période trouble de sa vie, elle se sortira indemne mais la réhabilitation de son image passera par 10 ans de vie en Suisse.

Comme beaucoup de célébrités de l’époque, elle séjourne dans les plus beaux palaces lausannois, le Beau-Rivage et le Lausanne Palace. Elle y côtoie la société cosmopolite de l’époque et y retrouve d’autres célébrités exilées comme son grand ami, l’écrivain Paul Morand ou le danseur russe, Serge Lifar.

Mais de son exil, Chanel préparait aussi son come back à Paris…Et c’est en 1954, à 70 ans qu’elle réouvre sa maison de couture et lance sa première  collection, la presse a la dent dure à son égard et critique son style qualifié de “has been”. Mais c’est sans compter sur la détermination et l’ énergie redoutable de cette battante…De ce flop va  naître  le fameux, l’indémodable “tailleur Chanel” une icône de la marque. Un succès qui dure encore de nos jours.

Coco garde toujours un pied en Suisse. Elle acquiert en 1966 une villa, située au chemin du Signal à Lausanne, entourée d’un parc de 5000 m2, un havre de paix. On la voit se promener sur les quais d’Ouchy ou les bois du Jorat, raison d’hygiène, elle conservera jusqu’à la fin sa svelte silhouette.

 

Sa dernière demeure est donc au Bois-de-Vaux, le petit Père Lachaise de suisse romande où reposent têtes couronnées et célébrités diverses : Paul Robert, fondateur du Petit Robert, Eugène Viollet-Le-Duc ou le Baron de Coubertin, entre autres… 

Ce cimetière classé monument historique est l’oeuvre de l’architecte Alphonse Laverrière, carougeois de naissance, également connu pour sa participation à la conception architecturale du Mur des Réformateurs à Genève.   Le projet d’Alphonse Laverrière remporte en 1919 le concours organisé par la ville de Lausanne pour transformer cette campagne du Bois-de-Vaux en un lieu d’inhumation et de recueillement.  Il conduit la construction de 1922 à 1951, puis y sera enterré auprès de son épouse en 1954.

En se promenant dans cet immense espace, on ressent combien cet ensemble s’est superposé à un espace champêtre et boisé. L’architecte a préservé l’idée de promenade dans la nature,  le concevant comme un parc d’agrément pour les vivants et un jardin pour les défunts. Caractérisé par ses alignements d’arbres réguliers, une allée principale bordée de tilleuls, 40 kilomètres de haies impeccablement taillées, des cyprès, et des fontaines, les oiseaux y ont trouvé un petit paradis...

Coco Chanel, qui adorait se ressourcer en marchant, a sans doute apprécié ce lieu paisible et si élégant pour s’imaginer y reposer éternellement …

Si la curiosité vous pique de lui rendre visite lors d’un prochain passage à Lausanne, vous découvrirez sa tombe, qu’elle a elle-même dessinée, dans la section 9. Une des plus belles de Bois-de-Vaux, face à une fontaine ronde. Pas de pierre tombale mais une stèle surplombée d’un bloc de marbre blanc gravé de cinq têtes de lion domine un par-terre de camélias blancs. Avec élégance et sobriété, les symboles les plus forts de sa vie sont là : « 5 » est son chiffre porte bonheur (No5), le lion son signe zodiacal et le camélia l’emblème de sa maison de couture. Et si vous souhaitez y méditer ou lui faire la conversation, un banc de marbre y est installé tout près.

“J’irai au paradis habiller de vrais anges, ayant fait sur terre avec les autres anges mon enfer”

Gabrielle Chanel, la rêveuse solitaire.

Cimetière du Bois-de-Vaux

Route de Chavannes 2
Case postale 80
1007 Lausanne, Suisse

©APLL