Sonia Jebsen – septembre 2020

D’origine vaudoise, Hadrien Dussoix vit et travaille à Genève. Il grandit au sein d’une famille d’artistes, entre un père peintre et une mère dessinatrice/céramiste. Dans cette ambiance, l’imagination d’Hadrien trouve toujours de quoi s’exprimer. Une autre passion anime le jeune adolescent : le sport… surtout le tennis et le foot qu’il pratique intensément.

Mais une succession de blessures l’éloignent du rêve d’une carrière sportive. Par facilité, peut-être, il choisit l’art comme matière forte au collège. Son professeur croit en lui et l’encourage dans cette voie. Elève très assidu, il  prolonge même les cours profitant des échanges et des leçons de son “mentor”. Quel est son courant artistique préféré à l’époque  ? Les arts primitifs qu’il découvre dans les musées durant ses voyages. Début des années 90, son père lui offre un livre sur Basquiat. C’est la révélation pour Hadrien : il sera artiste.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Hadrien passe le concours de la HEAD et s’inscrit aux cours de communication visuelle et de l’atelier dessin/peinture. Avec ses parents un peu réticents, il conclut un marché : s’il fait les Beaux-Arts, c’est pour devenir professeur. C’est sans compter sur l’influence d’un enseignant, Peter Roesch,  qui le convainc qu’être artiste est un métier à part entière. Sans toutes ces rencontres déterminantes, il aurait abandonné rapidement son projet de vie. Mais trouver sa place dans l’ univers “impitoyable” de l’art contemporain  n’est pas chose facile ! Hadrien Dussoix gagne la reconnaissance de ses pairs en remportant trois années consécutives le concours d’art fédéral, en 2006, 2007 et 2008 ! Rien que ça.

Le présent d’Hadrien, c’est l’atelier qu’il partage avec son frère et dans lequel il s’éclate presque chaque jour. Dans un autre espace à l’Usine Kugler, il conserve ces grandes toiles. Mais revenons dans  ce lieu où il nous accueille situé dans le quartier Saint-Jean à Genève. Il l’a aménagé comme une chambre d’enfants remplie de boîtes et de toiles posées à terre ou au mur. L’artiste travaille par série, notamment celle des petits textes très percutants, souvent insolents, toujours plein d’humour. “Le texte dans l’art devient de la peinture”. En voyant ces mots colorés,  on pense naturellement à l’artiste Ben dont il apprécie le travail. Hadrien aime jouer spontanément avec les mots abordant toutes les thématiques sans tabou (la religion, le sexe, l’enfance, l’art, la musique…). Même sa petite fille Lilinoe s’est prise au jeu durant le confinement. Tentée par une toile et des mots, elle a créé une oeuvre ( à vous de la découvrir sur la photo).

Depuis 5 ans, Hadrien Dussoix s’est lancé dans le design mobilier. Les vieux fauteuils démodés, usés subissent un lifting coloré. Il fait appel au savoir faire des tapissiers Simon Schaefer et sa fille Nathalie qui a repris le flambeau depuis le décès de son père au printemps dernier. De l’art utilitaire, du recycling qui colle aux nouvelles tendances et plaît beaucoup au public. “Des gens m’ont dit, on peut s’asseoir dessus, donc ce n’est plus de l’art. Et je  cherche à provoquer ce genre de réflexions.”

Sa peinture cherche à “déboulonner” les diktats du goût en matière d’esthétisme : le beau, le laid, le naïf, le vulgaire. “Finalement, j’adore détourner ces jugements qui tombent comme des couperets. Si une chose est belle, je vais la rendre laide et vice-versa.”. C’est un fan de tag également. Durant ses études aux Beaux-Arts, il peint des intérieurs d’églises Renaissance au spray. De la provocation ? Oui et non. Son intention n’est pas d’engendrer de polémique, mais d’amener un autre regard sur les choses.

Actuellement, c’est la peinture géométrique qui l’inspire, un courant très représentée dans l’histoire de l’art hélvètique.  Oui, mais à la sauce Hadrien Dussoix ! Il peint des bandes de scotch blanc qui donne une impression d’inachevé à l’oeuvre. “C’est simple visuellement, c’est à la fois esthétique, trompe l’oeil, géométrique, formelle”, dit-il. L’intention de l’artiste résonne comme une critique de la peinture géométrique suisse un peu “étriquée”. Mais  aussi  comme un hommage à Mondrian ou Malevitch.

Passionné de musique, l’artiste travaille au rythme du jazz. Quelle influence a cette musique sur son travail ? “Plus que je ne pensais” dit-il. ” Le jazz me permet de comprendre l’oeuvre de certains artistes comme Basquiat et par conséquent le mien. Quand je me sens mal, la musique m’apaise, quand je suis bien, elle décuple les sensations. Le jazz est comme un collage en peinture, les instruments se répondent.”

Où sont exposées les oeuvres d’Hadrien Dussoix ?  A la galerie Lange + Pult à Zürich et Auvernier  qui expose également l’artiste français Ben, ainsi qu’à la galerie Andreas Binder à Münich. 

Au Château de Penthes se tient en ce moment et jusqu’au 13 décembre l’exposition “Avant Demain”, mise en scène par Karine Tissot. Vous pouvez y découvrir des oeuvres mots de l’artiste  ainsi qu’un fauteuil désigné par ses soins.