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Sophie Bernaert – juin 2019

Monica Barros

Qu’on se le dise, un déjeuner ou un diner au Boteco devrait être remboursé par toutes les assurances maladies, au titre de remède miracle à la mélancolie, source on le sait de tous les maux. Monica Barros, la cheffe-propriétaire brésilienne vous y accueille personnellement avec un grand sourire, des paillettes dans les yeux, un accent au rythme chantant et aussitôt, vous voilà contaminé par sa joie de vivre !

Mais revenons en au tout début puisque tout a commencé par deux histoires d’amour… l’amour de la cuisine et l’amour avec un grand A à Genève. Car ce n’était pas écrit que Monica nous régalerait dans la ville de Calvin…

La trentaine, journaliste et diplômée d’un MBA marketing, Monica se lasse de son parcours professionnel dans la communication. Un bilan de compétences lui suggère alors trois pistes à explorer : actrice, professeur ou cuisinière. Pour elle, ça ne fait aucun doute, « cuisiner pour la famille et les amis a toujours été un hobby », ce sera cuisinière. Elle quitte alors son Brésil natal car il lui apparait comme une évidence que son apprentissage doit se faire en Europe. Cap sur l’Espagne pour une première expérience dans un bar à tapas de plage. Ensuite, direction Genève où elle viendra prêter main forte à une amie de la famille en plein déménagement… et puis patatras, le coup de foudre, LA Rencontre… La cité de Calvin deviendra son camp de base.

Monica décide alors de tout faire pour devenir une « vraie » cheffe, certifiée mais aussi et surtout inspirée.

Après une formation de deux ans en CFC de cuisine à Genève, sa compagne et elle embarquent sac à dos, pour une année de tour du monde de recettes populaires. Elles en reviendront riches de rencontres mais aussi de recettes glanées au détour de dégustations mémorables des meilleures « street food » d’Asie, d’Inde, d’Amérique du Sud et de Nouvelle Zélande. C’est de toutes ces influences et ces saveurs d’ailleurs dont Monica se sert aujourd’hui pour assaisonner ses merveilleux tartares, mais nous y reviendrons un peu plus loin…

S’enchainent ensuite cinq autres années d’expérience en cuisine très variées à Neuchâtel avant un retour à Genève, la boucle est bouclée avec l’ouverture il y a deux ans et demi de Boteco dans le quartier de l’hôpital, « dans mon quartier » dit Monica. Les transformations déco de cet ancien bouchon lyonnais, ont été confiées à une amie décoratrice d’intérieur avec un budget minimum. La cuisine a été ouverte sur la salle, les sièges des chaises ont été recouverts d’un tissu ambiance « tropicale », les murs repeints dans un vert bouteille très original et très chaud, de jolies « boules lumineuses » ont été suspendues, et une table d’hôtes, « la table des amis » a été créée à côté du grand bar. L’ensemble confère au lieu une âme chaleureuse digne d’un authentique Boteco (bar de quartier au brésil), « où une table de deux devient vite une table de quinze » chante Monica, dont les 80% de la clientèle sont déjà des habitués.

Boteco au Brésil

Une soirée au Boteco commence par une caipirinha aux fruits de la passion des plus rafraichissantes et quelques petiscos (tapas brésiliens) pour une mise en bouche toute en légèreté.

Mais oui, ces « bolinho » de poisson à la coriandre ou ceux à base de manioc et gambas, sont des petites bulles frites savoureuses et aériennes qui vous font vite oublier les plus denses des accras de morue traditionnels. Les frites de manioc, mayonnaise et citron vert fondent littéralement dans la bouche. Puis, tout naturellement, pour accompagner une autre « caipi » ou pour prolonger le plaisir de la soirée, parce que vous vous sentez juste bien ici, vous serez tenté de goûter à au moins un des dix-neuf fameux tartares de boeuf ou de poisson à la carte.

Pas très brésilien tout ça me direz vous… Mais c’est égal, puisque Monica excelle dans la préparation de la star des mets crudivores, qu’elle assaisonne de toute sa créativité et de toutes les saveurs du monde avec brio ! Le « Viking », boeuf, échalotes, épices nordiques, noix de pécan rôties et confiture d’airelles vous transporte en Scandinavie, le « Koh Bulon », saumon, échalotes, coriandre et menthe, noix de coco caramélisée et citron vert, vous fait voguer sur les eaux transparentes d’une petite ile thaïlandaise, tandis que le « Guarani », boeuf, échalotes, açaï, cachaça et farine de manioc vous ramène dans la chaleur de Rio. Tous les tartares sont aussi proposés en portion de 100g à partager pour assouvir la curiosité gustative de tous les globe-trotters !

Mais que toutes ces bonnes choses ne vous éloignent pas des deux petites perles de la gastronomie brésilienne préparées avec émotion par Monica.

La « Picadinho », fines tranches de bœuf grillées avec des oignons, servies avec des bananes frites, de la farine de manioc, une vinaigrette à la tomate lui rappelle son plat d’enfance cuisiné par sa maman et la « Carne Seca » la replonge dans ses premiers émois d’adolescente aux terrasses des cafés. Ce plat typique, à la carte de tous les meilleurs Botecos au Brésil m’a, je dois dire, aussi beaucoup émue ! La délicatesse et le fondant d’une viande de boeuf séchée au sel, dessalée puis effilochée, sautée avec des oignons et accompagnée de « farofa », farine de manioc mouillée au beurre furent une découverte réjouissante !

Vous l’aurez compris, le charme a opéré. Alors si l’aventure vous tente, petit conseil d’ami, laissez vous guider et demandez à Monica de vous concocter une petit balade gustative, vous ne pourrez pas lui faire plus plaisir !

Le Boteco

12, Rue Micheli-du-Crest

1205 Genève, Suisse

Tel : 41 (0) 22 328 09 09

info@leboteco.ch

Lundi : déjeuner

Mardi au vendredi : déjeuner et dîner

Samedi : dîner

Belle terrasse sur rue.