Pascale Deppierraz – Août 2015

Né “Rotten” d’une mère de glace, le “Rhône” se met en eau de fonte avant de franchir les 800km qui le séparent de Marseille.

crédit photos @pascaledeppierraz/crédit photos©wikimedia commons

Retrouvez les balades de Pascale Deppierraz sur son site : Madelon en vadrouille

C’est une vadrouille de deux jours à couper le souffle entre Valais et Uri, qui commence à Oberwald et se termine à Andermatt. L’itinéraire de Madelon vous permet de nombreuses échappatoires. La première journée est déjà riche en paysages, faune et flore.

Oberwald (1368) se blottit au fin fond du Haut-Valais dans un de ces villages typiques du Gommertal, la Vallée de Conches en français. Un village aux murs de bois brûlés de soleil qui sent bon le mélèze. C’est dire comme tout cela est loin de Léman-Beach et du Deck. Pourtant un lien fort unit cette très paisible contrée aux tourbillons de nos plages, le Rhône.

Je vous épargne le speech complet sur sa vallée ou son glacier grandiose avec sa galerie, son site touristique que nous ne manquerez pas de visiter un jour et vous propose de vous libérer trois jours avant les toutes premières neiges du lieu, c’est-à-dire avant septembre, d’aller quérir une bonne paire de godasses, un sac à dos et une dose de courage pour passer le col de la Furka et ses 1100m de dénivelé qui montent qui montent. La vadrouille peut s’arrêter là ou se poursuivre le lendemain par un pendant négatif du même tonneau.

Si vous avez quelques notions de randonnée et que vous bénéficiez d’une bonne condition physique cette vadrouille vous est accessible dans sa totalité mais l’itinéraire de Madelon vous permet de faire soit des étapes plus petites, soit de stopper votre ascension à plusieurs reprises, soit de vous épargner la descente sur Uri. Des bus circulent.

Envie de challenge et d’aventure ? Alors le soir quittez votre job, prenez votre train ou votre voiture et filez roupiller à Oberwald. Je vous conseille Holiday Camp: il y a des dortoirs, des chambres d’hôtes et un terrain de camping. Ou alors l’Hôtel de la Furka parce que c’est pas si cher pour une bonne nuit, qu’ils sont sympas et que j’aime bien faire de la pub pour les très bons services rendus. Et en plus on y mange bien.

Pour le chemin, suivez les panneaux jaunes! Ben oui maintenant que vous avez déposé votre train au parking, vous êtes à pied hein !  Suivez donc les panneaux du tourisme pédestre notés « Furkapass ».

Faut partir tôt. Genre 6h00. Je dis ça parce que lorsque j’ai voulu franchir ce Fur(ka)–là, le thermostat était coincé sur canicule.  Et c’est bien connu, celui qui n’avance pas son réveil recule ses chances de succès. Surtout avec les orages probables l’après midi et en fin de journée.

Pour retrouver votre chemin depuis le camping, enlevez le brouillard que vous avez dans les yeux et faites quelques pas en direction du village. Là vous croiserez les potes qui auront bien dormi à l’hôtel et qui auront suivi les panneaux jaunes depuis le village. Les totems de départ sont tous au bord du Rotten.

La première partie jusqu’à Gletsch (1758m) est absolument surprenante, sauvage et tout et tout. Inattendu pour moi qui imaginais cette partie rébarbative. Des cordes placées de manière stratégique, permettent de se sentir en sécurité malgré la pente et apportent une impression d’aventure supplémentaire.

A Gletsch vous pouvez vous sustenter ou vous laisser tenter par un café ou un bon vin. Mais là vous risquez de craquer pour le bus jaune qui vous redescendra cuver sous votre tente ou sous votre couette.  S’il pleut ou si vous êtes au bout du rouleau, c’est top. Sinon c’est dommage!

Je vous rappelle aussi que vous devez vous assurer de ne pas suivre les éléphants roses. Moi j’ai vu des marmottes, elles sifflaient mais elles ne mettaient pas les noisettes en quinconce…

Alors si vous continuez vous verrez que la suite est plus facile. De plus, vous avez encore une possibilité pour vous arrêter à Oberalpenstafel à 2108m avant la grosse grimpette du jour. Consultez les horaires de bus avant votre départ et notez-les, le réseau n’est pas toujours fameux.

Bon j’avoue, le dernier bout fait un peu peur vu du dessous. Il faut compter une bonne heure voire deux pour les plus contemplatifs ou les plus poussifs. Pour ceux qui ont vraiment peur du vide pensez à vous munir d’un stage contre l’aérophobie (Swiss alpine emotion fait ça très bien) mais si vous avez moyennement peur, ça passe, le chemin est très bon et le vide n’arrive que progressivement.

Là, la flore se déchaîne, la vue se dégage complètement, le paysage vous coupe le souffle. A cet endroit c’est un peu ballot quand même parce que vous en avez bien besoin, du souffle! Transformez-vous en reporter-photographe pour le reprendre. Mais la délivrance est proche! Furkapasshöhe! Vous y êtes! Fin de la première partie! Bravo!

Marquez maintenant un instant en ce lieu situé à 2429 m et pensez intensément au moment où (demain ou un autre jour) vous reviendrez pour poursuivre l’aventure… Retrouver la mémoire d’un lieu est facile mais c’est l’instant qui rapporte gros. Plaisir oblige.

Pour le deuxième jour, passez le col de la Furka et continuez dans le canton d’Uri: suite de la vadrouille sur le site de Madelon http://www.vadrouilles.ch/franchir-le-col-de-la-furka-dans-les-pas-de-madelon/

  • Niveau Physique: randonneur moyen et confirmé, bonne condition physique générale
  • Niveau Technique:Aucune difficulté technique mais quelques impressions de vide possible.
  • Équipement de randonneur averti

  • Possibilité de descendre en bus du col ou en cours de route. Attention aux horaire à consulter consciencieusement et impérativement
  • Temps de marche effective : 4h30 de montée sans les pauses.
  • Dénivelé jusqu’au col de la Furka: 1159 m 
  • Lausanne-Oberwald, 2h30 en voiture, 3h20 en train
sonia Jebsen pour Bythelake
Marie-Christine Billa pour Bythelake