Sonia Jebsen – novembre 2020

Dahflo en atelier
©Sonia Jebsen

Voici l’histoire d’une jeune artiste bien ancrée, hyper active, curieuse et en quête de liberté : Delphine Passaquay, alias Dahflo, son blaze en langage urbain. Le confinement de 2020 a finalement eu du bon pour cette artiste. Si certains de ses projets de fresques en extérieur sont reportés, elle passe plus de temps en atelier à dessiner des nus. Ce sujet  omniprésent dans sa pratique servira de thème à la  prochaine exposition à la galerie Aarlo u Viggo en fin d’année. Entre introspection et extériorisation créatrice, Dahflo nous parle d’indépendance, d’émancipation, de partage, de sa soif de vivre et d’expérience.

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

Dahflo l’indépendante

Cette jolie bretonne  voit le jour à Paris. Curieuse du monde et des gens, elle choisit le Danemark, Copenhagen, pour suivre des études d’architecture. Puis c’est à l’EPFL de Lausanne qu’elle achève son Master en 2016. “Ces quelques années d’études ont été longues et porteuses de stress” avoue Delphine. Alors quel chemin prendre pour son avenir professionnel ? Deux certitudes : elle souhaite résider en Suisse et il est exclu pour elle de “bosser” dans un bureau. “J’ai besoin de mouvement et rester assise huit heures par jour au même endroit ne me convient pas.”

Elle se tourne vers le dessin, qu’elle pratique depuis toujours, qui fait sens et lui redonne de l’enthousiasme créatif. Quand faut y aller, faut y aller, elle se lance à son compte et en 2017, le Dahflo Studio voit le jour. “Travailler en tant qu’indépendante est challenging, la charge mentale est présente 24h/24h, mais j’assume ce choix”. Dahflo donne également des cours de figuration graphique aux étudiants  en architecture de l’EPFL, un job  qui lui apporte beaucoup de satisfaction.

French girls (2019)
Crayon sur papier (15 x 20cm)
Dahflo

Dans l’intimité de l’atelier

Il se loge au sein de son espace de vie dans une atmosphère paisible, où chaque chose trouve sa place. Penchée sur sa table, la dessinatrice compare son travail à un sport de combat : “face à la feuille, chaque point, chaque touche compte”. Ses sujets récurrents ? Des corps nus, seuls sur la feuille ou en magmas.  Des femmes aux courbes sensuelles, dans des poses alanguies et suggestives, se laissent aller au corps à corps érotique.  Le trait noir, bleu ou rouge s’étire sensuellement fluide sur la feuille. “J’exprime ma quête évolutive d’émancipation , et mon idée du féminisme”. Dans quel but ? Pour confronter les carcans sociétaux, patriarcaux, les idées reçues et les regards critiques portés sur le corps féminin, dont sa génération fait encore les frais de nos jours.

En parallèle, Dahflo travaille ses travaux de ligne, Line Works, devenus sa marque de fabrique au fil du temps. Sur des formats plus grands, et des supports différents (papier, bois, béton), ces lignes s’étirent et s’entremêlent, jouant entre abstraction et figuration. On peut y voir des motifs végétaux ou organiques (lianes, branches, feuilles) ou bien des mèches et des fils qui s’étirent bien au-delà du visible.

Turquoise Wave (2020)
Aquarelle sur papier Montval (20 x 42 cm)
Dahflo

Dahflo. l’artiste urbaine

En 2015,  durant un séjour dans sa Bretagne, elle a la révélation de la bombe aérosol. Munie de 200 bombes de couleurs, elle rencontre sur un parking  un graffeur expérimenté qui l’embarque dans son trip artistique sur des spots de son choix ! “Techniquement, ce n’est pas facile de travailler sur de grandes surfaces, c’est très physique”. Fan de sport extrême comme le kite surf ou le ski, Dahflo retrouve les mêmes sensations corporelles dans l’exercice de la fresque. “Il se prête bien à mon mode de vie et j’adore l’exploration du territoire”. Voyageuse dans l’âme, la jeune femme se construit une vie semi nomade. Son rêve, aménager son van en studio ambulant et partir en vadrouille pour vivre des expériences : “C’est ce qui nourrit ma créativité, mon inspiration”, dit-elle. 

Hormis le plaisir de la performance, elle souhaite encourager l’aspect participatif des projets muraux,  en collaboration avec les communes et les institutions. “Pour moi, c’est un levier social et culturel”. Dahflo travaille pour des commandes privées ou institutionnelles, participe à des festivals d’art urbain (France, Suisse). Ces commandes murales constituent la partie la plus rémunératrice de sa créativité. 

Body of lines Process
Dahflo
©Michael Hartwell

L’actualité de Dahflo

Revenons sur l’exposition à Aarlo u Viggo prévue en décembre prochain. “J’avais envie de me faire plaisir au niveau figuratif avec les dessins de  corps et la fresque que je réaliserai in situ à la galerie”. Pour contrecarrer une approche trop objective du nu, elle continue à se détacher des codes de représentation traditionnelle, des modèles anciens. Durant le confinement, elle se replonge dans des lectures, décortique sa vision du  féminisme et s’entoure de femmes engagées, personnages inhérents à son processus artistique. Elle les photographie sous toutes les coutures, ces shootings lui servent d’études pour les dessins à l’aquarelle, un médium idéal pour rendre la fluidité des lignes.  L’exposition à Aarlo u Viggo a été baptisée à juste titre, Skinscape, une plongée sensuelle dans la peau, les creux et les plis de ces corps qui se touchent, se frôlent, se caressent. Dahflo incarne un regard neuf et sans tabou d’une artiste pleine d’énergie et de bienveillance sur ses semblables, “c’est que du LOVE”, comme elle dit si joliment.

monica de cardenas, silvia gertsch, artgeneve 2020, salon d'art