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Sonia Jebsen – février 2020

Curieuse professionnelle, Sonia part toujours un appareil photo à la main, pour partager les beautés de la région ou sa passion pour l’art et les artistes.

De l’Art nouveau au surréalisme, le temps de l’insouciance, du 22 janvier au 10 mai 2020.

Notre coup de coeur artistique de janvier s’intitule “Paris en fête”. Alors en voiture, direction… non pas la France, mais les rives du lac Léman, à Pully. Son musée d’art célèbre la capitale Bleu Blanc Rouge, et vous emmène en goguette dans la ville de lumière. Muse électrique, passionnée, colorée, Paris a inspiré tant d’artistes au cours de son histoire, semée de triomphe et de souffrance, de gloire et de douleur. Mais jamais, au grand jamais, elle n’a perdu “sa petite folie, son petit grain de fantaisie”.

Guerres et bouleversements sociaux n’ont pas anéanti cette force de vie inhérente à Paris et qui perdure de nos jours. L’actualité nous le rappelle sans cesse et notamment les attentats terribles de 2015 qui ont fait germer le concept de cette exposition. Qui mieux que les artistes tels que Toulouse-Lautrec, Matisse, Vallotton, Kees van Dongen, Raoul Dufy ou Eluard, jouisseurs contemplatifs qui ont incarné cette gaieté parisienne et l’ont transposé dans leur art. Issues d’une riche collection privée, la plupart des oeuvres  sont devenues iconiques!

Plantons le décor…

L’accrochage, comme un film, fait défiler devant nos yeux la “vie parisienne” intra et extra-muros, entre le Second Empire et les années 50. A L’initiative de l’empereur Napoléon III (1852), la capitale française bénéficie d’un magnifique “facelift” grâce aux travaux du célèbre architecte, le baron Haussmann. L’escargot parisien s’orne de grands boulevards, d’avenues, de gares, de constructions prestigieuses telles que l’Opéra Garnier, le Sacré-Coeur, la Tour Eiffel, les Grand et Petit Palais, et tant d’autres réalisations. En parallèle, une multitude d’attractions et de lieux de divertissements fleurissent pour la plus grande joie des parisiens de tous bords : restaurants, cafés, théâtres,  grands magasins. La révolution industrielle, les nouvelles inventions, telle que l’électricité, la notion de villégiature à la mer, la naissance de la Mode avec les élégantes et les courtisanes insufflent de la gaieté, du mouvement, de la créativité dans toutes les couches de la population parisienne.

A l’affiche, avec Steinlen, Jules Chéret, Toulouse-Lautrec, Vallotton

Un univers “underground” prend vie dans les années 1890 à Paris, avec la floraison de théâtres, de cabarets, de café-concerts, dont Montmartre devient le coeur battant! Certains artistes, peintres, musiciens, poètes, vont les fréquenter assidûment, s’y côtoyer, festoyer, s’y perdre et en faire la publicité au travers de la création d’affiches devenues des icônes! Oui, vous les reconnaissez, il s’agit du Chat Noir, cabaret réputé , illustré par le vaudois, Théophile Steinlen. Plus loin, le Mirliton, de Toulouse-Lautrec, incarné par le truculent et provocateur Aristide Bruant! et ainsi de suite! Et les hommes de la haute vont fricoter avec les filles de petite vertu, les danseuses de cabaret font la Une comme Jane Avril ou la Goulue (Moulin Rouge), stars modèles chez Toulouse-Lautrec. Le vaudois Félix Vallotton, emparisianné, artiste touche à tout, s’aventure en tant qu’illustrateur avec l’affiche pour la Pépinière, où l’on découvre un public masculin très émoustillé au spectacle d’une revue  de gambettes en l’air. Graphiques, très inspirées de l’art japonais, presque minimalistes, ces affiches expriment la vie, tant le trait est mouvement et l’expression percutante, le texte racoleur!

Il y a le ciel, le soleil, la mer et les belles dames…

A partir de la Belle Epoque, et défiant les deux guerres mondiales, la pratique de la villégiature s’ancre dans l’emploi du temps des aristocrates et de la bourgeoisie, et inspirera de nombreux artistes et écrivains. C’est la naissance des stations thermales et balnéaires, sous le soleil du midi, ou au grand air de Normandie.  Des artistes comme le havrais, Raoul Dufy ou Kees Van Dongen français d’origine néerlandaise, se font les chantres de la villégiature.

Comme un pied de nez aux deux conflits marquant sa vie, Dufy (1877-1953) chante un art de vivre haut en couleurs. Ses gouaches et aquarelles, très décoratives, vibrantes de lumière, où le bleu domine, fleurent bon la Méditerranée ou l’Atlantique. Ses baigneuses ou naïades posent nues, expression d’une perpétuelle quête de liberté et d’un retour au naturel. Ses intérieurs avec vue sur la mer sont un hymne au farniente. Kees van Dongen (1877-1968)  s’installe à Paris définitivement au début du XXe. Il possède un goût et un talent remarquable pour la couleur pure et franche et se fait connaître par ses nus “scandaleux”, aux formes généreuses et provocantes. Opportuniste, le peintre sulfureux fréquente le “beau monde” et les salons, reçoit dans son studio de Montparnasse. C’est durant l’entre- deux guerres qu’il assoit sa réputation de portraitiste des élégantes. Cette fois, bel et bien vêtues de leurs plus beaux atours!

Lumière sur  la Fée Electricité…

Paris festif, c’est aussi Paris Lumière! Qui dit lumière, dit électricité! La transition est facile, nous en conviendrons pour présenter le chef-d’oeuvre de Raoul Dufy, la Fée électricité, réalisée pour l’Exposition Internationale des arts et des Techniques, en 1937 (commande de la compagnie parisienne d’électricité). impossible de vous montrer l’original dans le Musée, car il s’agit d’une oeuvre de 600m2, formée de 250 panneaux peints (en contreplaqué). Cette fresque est en belle place au MAM de Paris. Sur les murs du Musée sont accrochées dix merveilleuses lithographies à décoder de manière chronologique, de droite à gauche. Prenez votre temps pour découvrir la multitude de scènes urbaines, champêtres, ou marines, et la centaine de savants, scientifiques, ingénieurs, industriels,  répertoriés par Dufy : Aristote, Archimède, Thalès, de Vinci, Leibniz, Huygens, Newton, Ampère et Faraday, Hertz, Siemens, Morse, Bell, Edison… et tant d’autres, sans “connexion” avec l’énergie électrique! La Fée électricité loue les bienfaits des sciences et des techniques pour l’humanité. Une oeuvre pleine d’optimisme dans cette période d’entre-deux guerres, n’est-ce-pas ?

 

Nous ne pouvons conclure cet article sans un clin d’oeil à Matisse et ses portraits féminins au crayon, ravissants de délicatesse et de poésie, rappelant que l’artiste était avant tout un grand dessinateur. Et au poème “Liberté” de Paul Eluard (1942) dont la voix récitant les vingt-et-une strophes emplit d’émotion la dernière salle de l’exposition. Comme une apothéose! Son ami, le peintre cubiste, Fernand Léger, l’illustra sous forme de frise colorée en 1953.

Paris en fête

Musée d’art de Pully

Chemin Davel, 2

1009, Pully, Suisse

tel : +41 (0) 21 721 38 00

monica de cardenas, silvia gertsch, artgeneve 2020, salon d'art
Théâtre au jardin - le Rosey
Christina Oiticica
Hodler Pully
chaplin's world
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